Le Masai Mara au volant (self-drive)

Découverte de la réserve la plus visitée du Kenya au volant de notre 4×4, petit retour d’expérience sur le self-drive avec, en cadeau, la loi de la savane (gare aux végétariens!).

Tout juste après le Mont Kenya (et non sans un bon massage !) on s’est lancés dans un nouveau périple, plus classique et attendu cette fois-ci. Nous sommes partis sur les pas du tourisme international dans le méga célèbre Masai Mara (« Le Mara » pour les intimes). Venir au Kenya sans visiter le Mara, c’est comme passer à Paris et ne pas rendre visite à la Dame de fer. Un fantasme assez réducteur, car il y a bien plus que cela au Kenya. Avec tout ce que je vous montre sur le blog depuis plus d’un an j’espère que le message est bien passé : le Mara c’est bien le Kenya mais le Kenya n’est pas que le Mara !

Sillonner les pistes du Masai Mara avec sa voiture n’est pas un choix ordinaire. Le voyage est long, laborieux, fatiguant et tellement rocambolesque! 😉 Comme nous ne sommes pas du genre à choisir la voie la plus facile, on s’est dit que,  pour une fois qu’on avait du temps devant nous, autant partir avec notre 4×4. Finalement, se rendre (et circuler) dans la réserve animalière la plus célèbre du Kenya au volant de son propre véhicule s’est révélé assez marrant, et je vous promets que cela n’a rien d’audacieux. Malgré les avis démotivants, nous avons voulu tester le Mara en self-drive. Cette première expérience a été concluante pour la suite de nos voyages.

L’accès au Mara se fait par l’ouest via Narok, la capitale du pays masaï, et pourrait être une belle balade du dimanche si seulement les conducteurs locaux étaient restés chez eux. S’aventurer en dehors de Nairobi sans une « grosse » voiture tout terrain est assez téméraire. Aux incivilités au volant et les routes détraquées, s’ajoute la circulation des poids-lourds sans règle ni restriction, sans oublier les accidents de matatu qui sont une constante dans tout le pays. Pour ne pas perdre ses nerfs inutilement, il suffit de partir du principe universel qu’ici personne ne sait conduire, et serrer très fort les fesses au volant. Un point en faveur du Masai Mara, la route jusqu’à Narok est (plus ou moins…) bien goudronnée. C’est un bon début!

 Arrivés dans la capitale du pays masaï, ça change du remue-ménage de Nairobi mais ça sent très fort le tourisme. A peine s’arrête-t-on à la pompe à essence (attention, elles se font rarissimes à partir d’ici) que déjà on nous prend pour des bleus. Arnaque classique à la clef. Pendant que je bataille avec les vendeuses de bijoux, Mr Expat engueule un des employés qui a commencé à remplir le réservoir en ayant fortuitement oublié de remettre le compteur de la pompe à 0 après le ravitaillement du véhicule précédent, en lui expliquant qu’il ne paiera pas deux fois le plein. Message bien passé… mais on aura beau leur expliquer depuis belle lurette que mzungu n’est pas synonyme de « con », ils (ré) essayent toujours. Qu’on ose dire que les kenyans manquent de détermination.

Nous avons prévu d’accéder au Mara par la Sekenani Gate à l’est du parc, l’entrée principale en quelque sorte. Est-ce raisonnable d’être venus en voiture ? Vue la mauvaise réputation de la route d’accès, on se demande s’il n’aurait pas été plus sage de prendre l’avion comme la plupart des visiteurs. Moins d’une dizaine de kilomètres après Narok, le goudron s’arrête sec. Jusqu’à la Sekenani Gate, deux heures de piste cabossée. De la pure maltraitance. Pour décontracter les chauffeurs non-initiés, on appelle ce phénomène l’african massage ;-). Je regrette déjà ma brassière spéciale running. Ça saute tellement que je sens mes organes internes bouger de place. La légende tient ses promesses ! Des minibus de tourisme chargés comme des bœufs nous dépassent sans cesse, ils roulent à une vitesse à désaxer les roues. On finira par les rattraper plus loin, une dizaine de bonshommes qui s’agitent autour de leur voiture. C’est la pause-crevaison.

Nous traversons des terres appartenant depuis des temps ancestraux à la tribu masaï, aujourd’hui transformées en réserve naturelle. A droite, à gauche et en plein milieu de la route, le bétail est omniprésent. Etant une tribu qui pratique le pastoralisme, vaches et chèvres son leur plus grande richesse et signe de prospérité. Des traditions et des modes de vie très souvent en conflit avec la protection de la végétation et de la faune à cause du pâturage clandestin mené par les bergers masaïs pendant la saison sèche. Partout dans les champs, on repère les habits « rouge pétant » des pastoureaux (et souvent pastourelles). Au soleil, les femmes masaïs font la lessive dans les ruisseaux pendant que leurs bébés trempent dans des bassines d’eau. Les plus traditionnels d’entre eux portent la shuka à carreaux sur les épaules et des dizaines de bijoux en perles de toutes les couleurs. A Nairobi, je sursaute à chaque fois que je tombe nez à nez avec un guerrier masaï au rayon pâtes du supermarché. Pas ici, on est tellement loin de la vie urbaine.

Une fois franchie la grille d’accès à la Sekenani Gate, les animaux se multiplient comme des pains et des poissons. Des rayons de lumière, des plaines vertes qui s’étendent jusqu’à l’infini, des boqueteaux d’acacias parasol, des termitières… Voilà la forme que prend ici la savane. Le Masai Mara est en pleine renaissance, c’est aussi frais et beau que notre printemps dans le nord. L’herbe luisante au soleil, le grand ciel bleu et les troupeaux d’herbivores entourés de bébés. Chaque espèce choisit son territoire, les éléphants par ci, les buffles par là, les girafes encore plus loin. Seuls les plus menus et démunis se mélangent. En ce mois d’octobre, les fins d’après-midi ramènent déjà quelques petites averses localisées qui étanchent la soif de la savane. Le Mara prend alors des airs de faux pâturage alpin. Une myriade d’arcs-en-ciel vient couronner la beauté de ces après-midi pluvieux et les quelques gouttes tombées ramènent à la surface le rouge vif que la poussière avait terni.

les-pistes-du-mara

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Bordée par un long escarpement à l’ouest, la réserve du Masai Mara partage un même écosystème avec le Serengeti qu’elle rejoint au sud, de l’autre côté de la frontière avec la Tanzanie. Elle voit chaque année entre juillet et octobre des millions d’herbivores (et des milliers de touristes étrangers!) déferler sur ses plaines fuyant la sécheresse des terres tanzaniennes. La rivière Mara, qui divise la réserve du nord au sud, est pendant ces mois le théâtre d’un fabuleux spectacle convoité des photographes animaliers du monde entier: les traversées impromptues, et souvent tragiques, de nombreux troupeaux d’herbivores. Parmi tous ces animaux, le gnou fait sa star.

les-gnous-deferlent-sur-la-plaine

Cela ne fait même pas une demi-heure qu’on roule, et la piste qui traverse le Mara par le sud est jalonnée de carcasses de gnous et de zèbres. A la trentième carcasse, j’arrête de compter. Imaginez-vous le phénomène à l’échelle de toute la réserve ! Le Masai Mara a cela de différent, les prédateurs y sont très nombreux et les scènes de chasse deviennent un spectacle quotidien. A cela s’ajoutent les animaux saisonniers venus par la Grande Migration qui attire chaque année sur la réserve d’innombrables gnous, suivis par des zèbres, des impalas et des gazelles. Les proies étant nombreuses, nous croisons des carnivores repus qui font la sieste et d’autres qui attendent le moment propice pour sauter sur leur butin, des marabouts et vautours en litige pour une dépouille fraîche ou des ibis qui profitent d’une demi-proie délaissée, des félins qui savourent leur petit déjeuner, ou qui viennent de supprimer tout une nouvelle génération de phacochères et aussi quelques herbivores (très mals en point) l’ayant échappé belle mais qui, hélas, du fait de leurs blessures ne tiendront pas jusqu’au lendemain.

Que de festins qui font le bonheur des photographes ! Régalez-vous, bon app’! Moi, ça me coupe l’appétit. Toutes ces images de carcasses fraîches, de proies agonisantes et de banquets entre félins, ont troublé mon sommeil plusieurs nuits de suite. Oui, messieurs-dames je suis au courant, la nature est cruelle et, bien que s’agissant de la loi de la savane, la détresse animale m’insupporte. Attention les images contenues dans cet article peuvent heurter la sensibilité de l’internaute ;-).

carcasse-dans-le-masai-mara

hyenes-et-vautours-profitent-du-banquet

lion-eventre-un-gnou

carcasse-delaissee

repus

snack-pour-une-lionne

marabouts-et-vautours-autour-du-dejeuner

Rassurez-vous, il n’y a pas que de la boucherie. Le Masai Mara mérite largement sa renommée. C’est un lieu extraordinaire où les belles rencontres et les rebondissements les plus inattendus peuvent se produire à chaque minute.presque-la-lune-pleine-au-mara

un-leopard-nous-tourne-le-dos

girafe-au-coucher-de-soleil

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le-plus-beau-de-tous-les-felins

elephants-en-enfilade

elegance-du-guepard

C’est aussi autour du Mara que ça se passe…

Car il n’y a pas que la réserve nationale telle que les touristes étrangers se l’imaginent. Lors d’une visite au Masai Mara, au-delà de la question du self-drive, il faut décider si l’on veut passer tout son séjour dans la réserve principale ou passer quelques temps dans les conservancies ou concessions privées établies à l’entour. Nous avons coupé la poire en deux, 3 jours au sein de la réserve dans la zone connue comme le Mara Triangle et 3 jours, à l’extérieur, dans la concession privée Olare Orok (ou Motorogi). Un compromis parfait. La première est la zone de la réserve nationale la moins fréquentée par les tour-opérateurs parce qu’elle est très loin des routes principales d’accès (il faut passer par le massage africain !), et la dernière est l’une des moins visitées parce qu’elle propose du « safari privé et très encadré » (je l’appelle du safari 5 étoiles, et je ne manquerai pas de vous en parler dans ce blog, car c’est une expérience à ne surtout pas manquer!).

Depuis le Mara Triangle, sur la rive droite (le gros des tour-opérateurs restent sur la rive gauche de la rivière) nous avons migré comme les gnous vers le nord et jusqu’à la concession Olare Motorogi. Un trajet aussi aventurier et rempli de surprises pour nous que la traversée de la rivière elle même pour les troupeaux de gnous ! Plusieurs guets à passer, et à repasser, car nous nous sommes « légèrement » égarés. Mr Expat profite pour mettre au point ses capacités de conduite en 4×4, je dirais néanmoins que nous atteignons le niveau expert. Les indications sont TRES sommaires dès qu’on quitte la réserve principale. Pour notre destination : inexistantes. On nous a orientés tant bien que mal avec des cartes privées et nous sommes arrivés à bon port, mais non sans tracas. Il faut croire que nous n’avons pas le même sens de l’orientation (ni de l’interprétation) que les locaux.

Bref, cela nous a prouvé encore une fois que peu sont ceux qui osent s’aventurer en voiture particulière dans ces parages. On soupçonne qu’ils font exprès de brouiller les pistes. Néanmoins, nous avons été conquis par l’expérience du self-drive et la sensation de liberté qu’elle procure. D’ailleurs, cette semaine on revient tout juste des réserves animalières les plus sauvages du nord du Kenya où nous avons réitéré l’expérience. Sans aucun regret !

masai-mara-en-self-drive

Self-drive ou pas self-drive ?

En tant qu’expats résidents et possédant une voiture sur place, on a été conquis par la formule. Je rassure ceux qui se posent la question, la route n’est pas plus méchante que les alentours d’Athi River à Nairobi en pleine saison des pluies. Raisons pour lesquelles nous y avons adhéré:

-Pour un séjour d’une semaine minimum. La route d’accès est éprouvante (la pire du sud, dit-on…). Pour moins que ça, l’avion reste le meilleur choix;

-Pour circuler dans la réserve du Masai Mara « au sens large » (y compris les concessions privées);

-Pour faire du camping « très sauvage »;

-Pour observer, s’arrêter, découvrir les paysages et les scènes du quotidien en pays masaï. C’est une expérience fantastique que l’avion ne permet pas;

-Pour faire des game-drives en toute indépendance: choisir le circuit, s’arrêter quand on veut, être seuls dans la voiture, pas de safari collectif… la liberté quoi !

-Parce que le paysage plat facilite la visibilité des animaux, même à distance. Pas besoin de guide, il suffit d’observer où s’arrêtent les autres voitures pour repérer les bêtes. Les plus farouches sont tellement nombreuses ici qu’elles font la sieste sous les buissons en bordure de piste;

-Parce que les pistes dans la réserve sont bien entretenues, aucun danger. A savoir qu’on ne poursuit pas les animaux, on les observe depuis la piste principale. La conduite off-road étant strictement interdite pour tous (sauf pour les visiteurs et les tour-opérateurs sans aucune éthique) dans tous les parcs nationaux du Kenya, la question ne se pose donc pas.

Attention néanmoins, car si l’on cherche des chemins tout tracés, des routes nickel et que l’on compte uniquement sur son gps, il vaut mieux oublier… De plus, le réseau téléphonique est défaillant dans les plaines, et la population locale, dans ces espaces reculés, ne parle pas l’anglais. Quelques notions de kiswahili sont bien utiles.

En tant que touristes indépendants, si nous devions revenir au Kenya  en vacances depuis l’Europe, par exemple, c’est aussi l’option que nous aurions choisie. Quand on a l’esprit (rien qu’un tout petit peu) intrépide, louer une voiture au Kenya et se déplacer entre les principaux points touristiques n’est pas hasardeux. Pour une famille avec plusieurs enfants, qui tient absolument à rester indépendante, la brochette de billets aller-retour dans les parcs animaliers peut faire monter le budget (auquel if faudra ajouter le prix de chaque game-drive en voiture collective). Dans ce cas, la location d’une voiture peut être une bonne alternative.

Et vous, quel serait votre choix ? Ou quelle a été votre expérience dans d’autres parcs naturels/pays? Seriez-vous plutôt attiré par le tourisme indépendant ou par la formule tout compris?

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10 réflexions sur “ Le Masai Mara au volant (self-drive) ”

    1. Ne t’inquiète pas, la prochaine fois on partira ensemble à deux voitures. C’est moins risqué et plus marrant! Avec notre dernier trip en Afrique Australe on a dû gérer quelques rites de passage pour les bleus que nous sommes! 😉

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  1. Vos photos sont incroyables ! Vous nous avez bien fait rêver avec cette aventure. On serait bien du genre à partir en autonomie avec un 4×4 mais en même temps, la dernière fois qu’on l’a fait (à Oman) on est resté coincés dans une rivière qu’on essayait de traverser et j’en menais pas large avec les enfants donc disons qu’il faut bien réfléchir avant de se lancer dans ce genre de trip ! Bisous 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Camping sauvage? Tu ne crois pas si bien dire. Le Kenya est sauvage, donc pas de camping en dehors des lieux habilités. On peut camper dans les réserves et parcs naturels à condition de payer un ranger armé pour monter la garde à côté de la tente et il faut être en autonomie complète y compris pour le bois. Pour ça toilette, c’est dans le bush et les babouins peuvent être une vrai peste. Nous avons oublié de mettre notre équipement camping dans le conteneur pendant le déménagement au Kenya, donc on a choisi de loger dans des lodges de safari des réserves naturelles, en profitant de notre statut de résident. Un lit moelleux au bout de 8h « d’african massage » c’est un vrai luxe. Mais, camper en Namibie où nous sommes en ce moment, c’est une toute autre chose! 😉

      Aimé par 1 personne

      1. Ah ok d’accord ! Obligé d’aller dans des lodges, mais le coût est assez élevé ! Il n’y a vraiment pas d’alternative pour ceux qui voyagent à l’arrache. 🙂

        Ah ! Tu n’avais pas dit ta destination après le Kenya ! Te serais-tu trahie dans ton commentaire ? 😉

        Aimé par 1 personne

        1. Oui, c’est tout à fait vrai, le Kenya est une destination onéreuse pour les indépendants mais on peut toujours camper en s’équipant très bien et en prenant des rangers pour la surveillance du camping. C’est parfaitement faisable mais il ne faut pas avoir peur de l’aventure! Non, la Namibie ce n’est que des vacances 😉

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          1. Donc on va avoir d’autres articles sur le Kenya, puis sur la Namibie avant de savoir où tu vas !!! Quel manque de respect ! 🙂

            Et tu semblais dire qu’en Namibie c’était différent, à moins que j’ai mal compris. Le camping sauvage ou non y est plus « facile » ?

            Aimé par 1 personne

          2. Je ne suis pas du tout pressée 😉 d’arriver à mon nouveau pays d’accueil, donc c’est ça, on n’a pas fini d’en lire sur l’Afrique sur ce blog. Ah la Namibie! Il vaut mieux aimer le camping!

            Aimé par 1 personne

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