Un thé à Istanbul

Byzance, Constantinople, Istanbul… toujours aussi magnétique, toujours aussi belle que dans les récits que j’avais pu lire… mais depuis l’été 2015, de plus en plus de touristes s’en éloignent. Quel grand dommage pour cette destination traditionnellement convoitée par tout bon amateur d’histoire des civilisations. Où sont passées les hordes de visiteurs ?

Turbulences politico-sociales, attentats et, plus  récemment, les manœuvres diplomatiques du gouvernement semblent avoir rendu indésirable cet ancien carrefour de civilisations. Les stambouliotes s’en inquiètent et les expatriés aussi. Forcément. Malgré cette période de troubles, j’ai envie de partager avec vous mon récent séjour à Istanbul, pour vous dire que la ville au Bosphore n’a rien perdu de sa beauté et que les stambouliotes n’attendent que vous.

Mosquee-bleue-Istanbul

Pour ma première visite de la Turquie et d’Istanbul, j’ai eu la chance de compter sur deux guides exceptionnels : Cendrine et Guillaume. Tous les deux passionnés d’histoire et tombés sous le charme du Bosphore. Après quelques jours à admirer de près ce serpent scintillant qui sépare l’Europe de l’Asie, moi aussi, j’ai été contaminée. Comment pouvait-il en être autrement lorsqu’on a eu la chance d’y admirer un clair de lune? En prime!

Nous avons séjourné à Istanbul pendant 5 jours, en période de Ramadan. Voici un petit retour de ce qui nous a plu lors de nos promenades citadines dans celle qui fut la capitale de trois empires Byzantin, Romain et Ottoman. Peu de villes ont connu un destin et un rayonnement pareil à travers l’histoire.

Sultanahmet, le coin des passionnés d’histoire

Au cœur des attractions d’Istanbul, dans ce quartier se superposent des couches et des couches de civilisations. Alexandre, Constantin, Mehmet, Soliman… ces noms mythiques qui retentissent dans notre mémoire prennent vie ici le temps de quelques jours à essayer tant bien que mal de rétablir leur chronologie historique. Où que l’on regarde, des vestiges d’anciennes églises, des tombeaux princiers, des hiéroglyphes égyptiens, les profondeurs des citernes byzantines ou les quelques lignes de ce qui fut un hippodrome côtoient les mosquées d’hier et d’aujourd’hui.

 

Nous avons visité Hagia Sophia (Sainte-Sophie), l’ancienne basilique byzantine devenue mosquée et finalement désacralisée et convertie en musée par Atatürk afin d’apaiser les querelles. Le mysticisme absolu dès qu’on traverse ses portails… Les températures étant presque de saison, plonger dans la fraicheur du Yerebatan Sarnici (Citerne Basilique byzantine) dans les profondeurs d’Istanbul ne pouvait pas être plus agréable. Traverser la Mosquée bleue à la sortie de la dernière prière du soir ou se balader dans les jardins qui la séparent de Sainte-Sophie, une expérience extraordinaire. Au fur et à mesure de notre promenade dans le quartier, nous avons découvert l’art du tissage des tapis turcs en soie ou l’art traditionnel de la peinture sur eau. Quelques petites mosquées se sont révélées hors des sentiers battus, comme la Petite Sainte-Sophie où des vestiges de l’ancienne source d’eau se cachent sous les tapis de la salle de prière. A l’intérieur de la Sokullu Sehit Mehmet Pasa Camii, malgré la lumière tamisée, on est tout de suite saisi par sa beauté. Des milliers de carreaux de céramique d’iznik dans une succession de rouges, bleus et verts. Des murs entiers devenus un jardin. Elle restera ma plus belle surprise.

Interieur-Mosquee-Sokullu-Mehmet-Pasa-Camii

Un tour au Kapali Çarşi ou Grand Bazar s’impose, un incontournable. Non pas pour y faire ses courses, mais pour son architecture, pour son dédale de ruelles, pour ses caravansérails secrets et pour la polychromie (ou ce qu’il en reste) de ses plafonds. Bref, pour s’y perdre -au sens tout à fait littéral- dans ses couloirs, mais aussi dans les rues adjacentes. Une ville dans la ville.

Hagia-Sophia-au-printemps-Istanbul

Un quartier tellement riche en monuments, en ambiances, en scènes de vie quotidienne et les chats… toujours des dizaines de chats à courir dans les rues, à se prélasser sur les trottoirs, à vous espionner du haut d’une fenêtre, même à faire leur toilette sur les autels des temples ! Ces félins sont vénérés, soignés et nourris par les stambouliotes, pour mon plus grand bonheur ;-).

Le quartier de Sultanahmet était particulièrement animé dès le coucher du soleil en raison des festivités liées au Ramadan. C’est frappant de constater à quel point je méconnais cette pratique. Tout au long de la journée, la ville reste vivante pendant cette période, les activités se poursuivent avec normalité, nourriture et boissons sont exhibées et servies à tous ceux qui les demandent. Un marché artisanal sur la place de l’ancien hippodrome fait le bonheur des quelques badauds. Dès la tombée du jour, les dizaines de tables communautaires qui se dressent au pied de l’Obélisque de Théodose seront recouvertes avec les mets délicieux de l’Iftar. Quel somptueux cadeau attend les patients fidèles!

Balat, la vie est un long fleuve tranquille

Balat, Fener, Fatih… les limites de ces quartiers situés au bord de la Corne d’Or se confondent. Il n’y a pas de grands monuments ici, on y trouve surtout des tas de maisons en mauvais état. Un charme certain sévit dans ce coin d’Istanbul, cependant. Nous avons aimé cet ensemble de quartiers, repère actuel des grecs orthodoxes de la ville (anciennement juifs, anatoliens et grecs… tous s’y sont installés), pour son atmosphère de village, ses supérettes de quartier, ses anciennes demeures seigneuriales délabrées. Ou encore ses façades colorées, les arcs-en-ciel de linge qui regardent le soleil, sa population jeune et bohémienne et ses cafés charmants qui vous invitent à faire une pause « çai » à toute heure (le thé local). Ce cocktail laisse présager la grandeur d’un autre temps, le progrès croissant d’aujourd’hui aussi. Et pour ceux qui s’intéressent à l’œcuménisme, ou tout simplement à l’histoire, le quartier est rempli d’églises orthodoxes et loge également le Patriarcat grec orthodoxe depuis 1603 (peut se visiter).

Un peu plus loin la zone de Fatih revêt un caractère religieux et traditionnel plus fort qu’ailleurs à Istanbul. Partout les femmes y sont voilées et les hommes portent le couvre-chef destiné à la prière. Lors de notre visite à la gigantesque mosquée de Fatih Camii (sublime !) nous étions les seules notes discordantes. Une sensation que l’on n’a pas éprouvée dans le quartier de Sultanahmet où les dômes des mosquées voient passer au quotidien presque autant de touristes que de fidèles. Quelle magnifique vue sur la Corne d’Or depuis ces quartiers… on ne s’en lasse pas.

Vue-sur-Corne-dOr-Istanbul

Les îles aux Princes, s’échapper loin du vacarme de la ville

… et sortir des sentiers battus. Plus aucun vendeur ambulant, plus de trafic, plus de bruit. A une heure et quart de vapur d’Istanbul (bateaux-ferrys qui circulent sur le Bosphore) on ne retrouve plus que des calèches, des chevaux, des vélos et des marcheurs comme nous. Parmi toutes ces îles, avec notre hôte Cendrine, nous nous sommes laissés tenter par la plus grande Büyükada, la plus visitée aussi pendant les weekends d’été. En période estivale, elle est prise d’assaut par le tourisme des pays du Golfe (non, ce n’est pas pour le shopping qu’ils se déplacent cette fois-ci) car elle est actuellement le scenario privilégié du tournage de feuilletons TV, la nouvelle industrie turque ! En cette époque, un vrai bonheur de traverser l’île à pied. La perle de notre promenade : la petite montée sportive jusqu’au monastère orthodoxe de Saint-Georges où nous avons profité d’une vue panoramique sur la mer et la rive asiatique d’Istanbul en dégustant quelques plats locaux à l’ombre des cyprès. Nous étions pratiquement les seuls. Büyükada m’est apparue comme une île léthargique, aux jardins de fleurs enivrantes, aux pinèdes frondeuses, aux mille et un chats coquins. Est-ce la Méditerranée qui resurgit dans mon esprit? Peut-être.

Mosquee-bleue-sur-le-Bosphore

 

Nous avons adoré la traversée en vapur et la gentillesse des serveurs de çai et tosts (thé et sandwichs grillés au fromage) à bord du bateau. Longer la rive asiatique pour rejoindre la Mer de Marmara est une expérience à ne pas manquer car elle permet d’appréhender l’ambitieux déploiement de la ville d’Istanbul sur sa rive opposée. Sur sa rive européenne, on dénombre des dizaines et des dizaines de minarets qui tendent les bras vers le ciel. Sur la rive asiatique, les gratte-ciel s’imposent devant les mosquées, comme pour reléguer le religieux au second plan. Mais nous savons ô combien les apparences peuvent être trompeuses.

Bateau-sur-le-Bosphore

Mosquee-bleue-sur-le-Bosphore

Quelques coups de cœur et petites adresses

Si vous tenez à ne pas loger dans le centre historique, le quartier de Beşiktaş où nous avons été accueillis par nos amis est une option très sympathique. Situé au bord de l’eau, tout près du pont du Bosphore, c’est un quartier populaire, jeune et vivant (les universités s’y sont installées). Beşiktaş est à l’image de la ville de tous les jours, un labyrinthe de rues commerçantes, de marchés, de bars et cafés, des jeunes gens qui fument le narguilé ou s’adonnent aux rituels du thé, de la bière et du backgammon dès la tombée de la nuit. Très bien communiqué par tram et vapur.

Le coût de la vie pour un européen est très abordable. On y mange bien et équilibré pour 7€ par personne dans les lokantas (repas déjà prêts et cuisinés, sorte de traiteurs). On peut se laisser tenter par un kebap ou des kofta pour 5€ par personne, et le thé est servi toute la journée pour 1€ dans les quartiers les plus populaires, quand il ne vous est pas proposé spontanément  en signe d’hospitalité. Les jus d’orange et de citron fraîchement pressés ne coûtent pas plus de 1,50€ dans la rue. Les transports ne reviennent pas chers,  que ce soit les taxis, trams ou ferrys. Pour moins de 1€, vous traversez le Bosphore. Il y a là bien de quoi s’enchaîner quelques croisières aux couleurs locales car les stambouliotes nous ont semblé très accueillants, souriants et toujours prêts à aider malgré le fait que nous ne parlions pas un seul mot de turc.

Lokanda-a-Istanbul

Nous avons goûté plein de spécialités et avons craqué par le petit déjeuner turc ou kavalhari, copieux et varié à souhait ! Et notre plus grande découverte (et bonne surprise), les vins turques. Un délice fruité ! D’autres endroits qui nous ont fait craquer :

*** Que vous logiez ou pas dans le quartier de Beşiktaş, venez prendre un verre sur la terrasse de l’Hôtel Conrad pour une vue imprenable sur ce mythique détroit qui relie deux continents, à droite les minarets de Sainte-Sophie, à gauche le Pont du Bosphore. Magnifique pour un dernier soir à Istanbul (un gros gros merci Cendrine !).

*** Le café Caferaǧa Medresesi et sa superbe cour cachée juste derrière Sainte-Sophie. Une ancienne medressa (école religieuse) aujourd’hui transformée en centre d’artisanat, accueille un joli café ombragé où l’on peut siroter un thé et partager quelques plats simples. Les artisans y travaillent dans les ateliers entourant la cour, on peut y acheter leurs œuvres. Ici la céramique est garantie fait-main et on peut aussi découvrir l’art traditionnel de l’Ebru ou papier marbré. Un havre de paix en plein cœur de Sultanahmet. On a adoré  !

Cafe-Medressa-Istanbul

*** la ruelle Çelebioǧlu Sk (en forme de coude, il faut indiquer le nom d’un café à Google, par exemple Pişi Breakfast) dans le quartier de Beşiktaş pour le petit déjeuner turc. Jeune, sympa, accueillant. L’embarras du choix pour choisir une terrasse et déguster son kahvalti sucré-salé bien copieux et à des pris très raisonnables.

Pisi-beignet-Istanbul

*** le petit café-restaurant juste à côte du Monastère Saint-Georges sur l’Île de Büyükada. Le Yücetepe Kir Gazinosu offre une vue imprenable sur le bleu azur de la mer, des plats simples et surtout l’ombre des cyprès.

Je suis repartie avec plein de couleurs, de parfums et de saveurs encore tout frais dans mon palais: dates, abricots moelleux, fruits secs, olives, pâtisseries baklava, la limonata pressée, la galette de pain pour l’iftar, les pişi ou beignets de pain, le simit au sésame… (me connaissant, n’est-ce pas ?). A ceux qui se demandent encore pourquoi je pars toujours en voyage avec une valise vide ? La réponse…  😉

Liste-de-courses-pour-Istanbul

Un petit détour par Istanbul, court mais intense et l’immense plaisir d’avoir enfin découvert un tout petit bout d’une destination dont je rêvassais depuis bien longtemps. En quittant cette mégalopole, il restera tellement d’autres choses que j’aurais aimé faire et refaire. J’espère avoir  une nouvelle occasion d’y retourner, disons… Inch’Allah !

Et vous, connaissez-vous Istanbul, ou vous hésitez encore ?

 

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12 réflexions sur “ Un thé à Istanbul ”

  1. Ce fut effectivement un merveilleux moment de vous accueillir. Bravo pour ce bel article qui rend très bien la vie quotidienne à Istanbul.

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  2. Merci pour la brassée de souvenirs… J’ai visité Istanbul il y a plus de 10 ans, c’était mon premier voyage avec celui qui allait devenir MonMeilleurMari et nous avions adoré cette ville (et sa nourriture, j’ai encore les papilles qui salivent au souvenir que ces merveilleux kebabs, de loin les meilleurs du monde).
    J’adorerai y retourner, mais un fond d’angoisse maternelle me dit qu’y trimballer mes trois enfants en cette période d’attentats répétés n’est sans doute pas des plus sérieux… Mais bientôt j’espère, quand ils seront assez grands pour apprécier…

    Aimé par 1 personne

    1. Je peux bien comprendre tes « angoisses » maternelles. Tu as eu la chance d’en profiter à une époque où l’on pouvait avoir l’esprit plus tranquille qu’aujourd’hui. Garde précieusement ces souvenirs. Je suis consciente que le risque zéro n’existe pas, mais je suis partie rassurée par le fait que j’avais des amis sur place.

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  3. Une ville que j’ai beaucoup aimé, dommage que la conjoncture actuelle me dissuade d’y retourner pour le moment. Tes photos des pâtisseries me déprime avec mon malheureux café du matin dans les mains

    Aimé par 1 personne

    1. Si cela te rassure, le café du matin est un excellent coupe-faim 😉 . Oui, c’est malheureux, nous vivons une époque turbulente qui sème de plus en plus le chaos et la peur dans l’esprit des voyageurs. Mais où sommes nous vraiment à l’abri? Profite de tes souvenirs, on voyage doublement!

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