Comment faire d’un safari trois réserves

Dans la moitié nord du Kenya, là où la sécheresse et la poussière découragent tant de voyageurs se lèvent Samburu, Shaba et Buffalo Springs. Trois petites réserves réputées parmi les moins visitées du Kenya (c’est bien dommage… )

En août 2016, nous nous rendions dans le Plateau de Laikipia pour la première fois et je me souviens clairement que j’avais apprécié le trajet bien plus que notre destination elle même. Ce fut notre vrai premier voyage en autonomie. Pendant des mois, nous avions eu l’occasion d’observer la conduite kenyane, maintenant, du moins pendant le weekend, le volant serait enfin à nous. Notre coup de cœur pour le self-drive, c’est donc ici qu’il a vraiment vu le jour, sur la route des Hautes Terres du Centre (les Highlands). Après ce baptême, le Masaï Mara et les road trips successifs ont fini de nous convaincre qu’il n’y a pas mieux pour traverser un pays comme le Kenya que son propre véhicule. La suite vous la connaissez déjà.

Au nord du Kenya, après Isiolo, village d’une mixité inimaginable pour un coin si reculé, on peut clairement dresser une ligne de démarcation entre les Highlands et le début du désert. Le paysage lui-même a décidé de se débarrasser de sa végétation pour s’habiller de poussière. On croise de nouvelles ethnies : les Boranas, les Samburu (pasteurs nomades comme les masaï) ou les Turkana en poursuivant vers l’extrême nord.

Sur l’A2, l’une des meilleures autoroutes du Kenya, à travers des paysages d’une aridité effroyable, on s’éloigne des plateaux pour retrouver volcans et chaines montagneuses. En ce mois d’octobre, les températures ont monté de plusieurs crans, la végétation se fait rare et épineuse, les cailloux gagnent du terrain, puis d’un coup, plus rien.  Les tornades de poussière et les mirages hantent notre conduite alors que nous apercevons, incrédules, les premières caravanes de chameaux.  Nous sommes à 6h de voiture de Nairobi, et nous allons pendant plusieurs jours parcourir « les 3 réserves », une fratrie de parcs où la sécheresse est depuis toujours  souveraine. Mais comment vous expliquer qu’un paysage asséché n’est pas forcément un paysage moche?

tournade-de-poussiere-samburu-kenya

En comparaison avec d’autres parcs nationaux, les réserves de Samburu, Shaba et Buffalo Springs tiennent sur une toute petite surface mais concentrent une partie de la faune la plus étonnante du Kenya. Quand elle se laisse apercevoir, car en absence de végétation et d’eau les animaux ne se bousculent pas aux portes. Il va falloir partir à leur recherche et surtout faire preuve de patience. Du moins c’est ce que nous nous disions lorsque nous avons débuté notre tour par la Samburu National Reserve.

palmier-doum-endemique-sambury-kenya photographe-avec-elephants-samburu-kenya

Les premières concentrations du palmier doum indiquent qu’on approche du fleuve. Mais à sa place on découvre un filet d’eau qui peine à zigzaguer entre des langues de terre sablonneuse. Appeler cela un « fleuve » me semble bien prétentieux.  La conduite est assez laborieuse en raison de la masse de sable crachée par l’érosion, c’est aussi mou que de rouler dans les dunes. Les guets, en revanche, on les traverse les doigts dans le nez. Les cours d’eau sont complètement asséchés. Et là, surprise ! Pas besoin de faire beaucoup de kilomètres, un phénomène particulier nous attend : les animaux se sont TOUS regroupés le long de la rivière. Conséquence : les nombreuses voitures de safari se bousculent pour les approcher. Assez pénible comme panorama, je ne m’y attendais pas. A Samburu, plus qu’ailleurs, les animaux semblent être accoutumés à la présence de l’homme. Pourquoi ne suis-je pas étonnée ? La densité de voitures dépasse largement celle des animaux sauvages. C’est frustrant, on dirait un Zoo Safari Park ! Quand on a connu la spontanéité qu’offre le Masai Mara, impossible de réprimer une petite déception.

Le cours d’eau de l’Ewaso Nyiro sépare les parcs de Samburu et de Buffalo Springs et étanche la soif de leur faune. En ce moment, c’est malheureux, mais il n’a même pas de quoi la désaltérer. Buffalo Springs n’a pas trop retenu notre attention. Comme une légère sensation de déjà vu. Un terrain trop sec, trop épineux, trop poussiéreux mais, en revanche, il offre la meilleure des vues sur la savane et les belles collines environnantes.

vue-ensemble-samburu

point-de-vue-sur-samburu

Et les animaux dans tout ça ? On y trouve le répertoire classique plus quelques espèces endémiques très prisées comme la girafe réticulée, l’oryx, les zèbres de Grévy, le gerenuk (une antilope qui se prend pour une girafe !) et cette antilope magnifique qu’est le Koudou.

girafe-reticulee-samburu-kenya kudu-femelle-buffalo-springs-kenya antilope-girafe-samburu-kenya

oryx-a-samburu-kenya

Et j’arrive enfin à la Shaba National Reserve, la plus jeune et la plus vaste, et dont je vais inonder le blog de photos car c’est indéniablement ma préférée! C’est la réserve la moins visitée de la fratrie car la densité d’animaux est plus faible qu’ailleurs, seuls les éléphants font exception. Sa grande beauté et la diversité de paysages jouent à son avantage.

sur-la-route-shaba-kenya

Un sable plus fin, plus laiteux, de l’eau en abondance et les belles gorges creusées par l’Ewaso Nyiro qui forment des abreuvoirs naturels pour la faune ; mais aussi, les couleurs pastel au coucher du soleil, les termitières qui ressemblent à des châteaux de sable, les multiples sources et ruisseaux, le bleu profond du ciel…  Autant de raisons qui nous ont fait choisir Shaba comme camp de base pour la visite des trois réserves. Un vrai oasis de verdure dans le désert.

twilight-shaba-national-reserve

Après avoir vu grimper les températures pendant la journée, les nuits sont particulièrement fraîches au Kenya. Ça n’a pas été le cas dans la réserve de Shaba, la moiteur tropicale et l’absence de brise nous ont imposé un sommeil saccadé. Ce ne sont pas mes souvenirs les plus rafraichissants mais si je devais y retourner, ce serait sans doute à Shaba (et cela malgré les moustiques qui étaient au taquet !).

Dans ces étendues semi-arides le manque d’eau reste un éternel problème. L’Ewaso Ngiro traverse les trois réserves mais son débit est loin d’être spectaculaire. Hommes et animaux s’y confrontent avec la même violence. A la saison sèche, les bergers Samburu investissent les réserves protégées sans aucune retenue, et cela malgré l’interdiction de pâturage. Ils recherchent quelques maigres touffes vertes à offrir à leurs troupeaux et abreuvent leurs animaux dans le fleuve. La situation est telle que ni les autorités ni les rangers ne se sentent la force de les chasser ; bien au contraire, ils gardent un œil presque bienveillant sur ces jeunes bergers et leurs troupeaux.

bergers-samburu-dans-des-paturages-interdits

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Ces trois réserves sont un endroit vraiment chouette. Résidents et locaux devraient se dépêcher d’en profiter avant que l’une des foules de touristes chinois gueulards qui visitent le Kenya ne se décide enfin à franchir la ligne de l’équateur.

Le self-drive, toujours aussi séduisant

La visite des trois réserves a été faite comme le veut la coutume 😉 : avec notre 4×4. S’agissant de parcs nationaux, circuler dans sa propre voiture y est permis. Il est conseillé (et utile) de prendre un ranger pour la journée car il peut demander à localiser par radio les animaux les plus timides. Nous avons d’ailleurs loué un ranger une seule demi-journée. Ceci nous a permis de repérer les points les plus intéressants pour y revenir ensuite par nos propres moyens. Le ranger a aussi été de très bon conseil pour notre visite de la Shaba National Reserve. On a ainsi appris qu’il valait mieux rester loin des confins du parc où sévissent bandits et voleurs de bétail armés, ou éviter les zones les plus arides au risque de s’enliser. Pas marrant de tomber en panne sans téléphone satellite, surtout que nous n’avons pas croisé une seule voiture en deux jours. Du jamais vu !

samburu-county-kenya

La conduite n’est pas trop rude sauf aux abords du fleuve où se concentre le sable. Le vrai danger : la surabondance de végétation morte et donc les épines d’acacia (de vrais pics apéro !), responsables de nombreuses crevaisons.

Un seul ticket d’entrée donne accès aux trois réserves. Le prix (indiqué uniquement sur place!) varie selon le statut de résident ou visiteur, payable par personne et par jour. Taxe journalière prélevée sur chaque voiture et en fonction du nombre de sièges (occupés ou pas).

Côté logement, Samburu possède plusieurs tented camps ou safari lodges assez dispendieux en général. A Shaba le Sarova Game Lodge est plus abordable et ne fait pas trop dans l’ostentation (plus de tourisme local et plus diversifié). Mais quand on vient chercher la perle, tel qu’à Laikipia, il faut viser les concessions privées situées aux alentours. Comme la Kalama Community Wildlife Conservancy ou la Matthews Range réputée beaucoup plus sauvage (aïe, il fait partie de mes regrets !). Quoique vu la sécheresse, il n’est pas étonnant que vous vous retrouviez à devoir quitter la concession privée malgré vous! Parce que la faune, ce n’est pas compliqué, elle va toujours là où il y a de l’eau. Pourquoi réserver un safari haut-de-gamme, si c’est pour se retrouver ensuite à Samburu à la queue leu leu à la traque du léopard assoiffé ? Mieux vaut se renseigner sur l’état de l’environnement en toute saison.

Au delà de ces territoires protégés, plus on pousse vers le nord, plus on s’enfonce dans le désert du Kenya, là où la pluie est accueillie comme un miracle. Les régions de Maralal et Marsabit ou la région du lac Turkana, dans l’extrême nord, se rapprochent dangereusement de la désertification et attendent plus que jamais les voyageurs intrépides. Ce dernier coin, le Lac Turkana restera mon plus grand regret. Nous n’avions ni le temps ni les moyens nécessaires pour démarrer une « expédition » (il semblerait que ce soit le bon mot !) vers ces régions isolées limitrophes avec l’Éthiopie qui nous entraînent comme le vertige, mais qui malheureusement sont encore dangereuses et pouvant héberger des groupes armés.

C’est un tout autre type de voyage déjà… qu’on garde dans notre bucket list ! Des conseils à me donner au sujet de cette dernière région de Turkana? Je prends !

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13 réflexions sur “ Comment faire d’un safari trois réserves ”

    1. Mais de rien, j’ai bien partager des moments qui me sont chers. Cela me fais des souvenirs à savourer. L’aventure est très relative, tu sais. En ce moment j’essaie de m’installer à Berne tant bien que mal et, à force de vivre comme une sauvageonne en Afrique, je ne sais même plus comment me tenir dans un tramway suisse. C’est toute une aventure ;-).

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    1. Yes, Africa was a great adventure! If you like camels, wait and see next week! 😉 So,how are things going in New York Trudy? Hope your are not suffering too much from this Trump disease!

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  1. Très sympa, et de belles photos !! Je n’ai jamais eu la chance de pousser mes voyages jusqu’à là-bas; dommage car la réserve de Shaba fait particulièrement envie. African Parks Network est en négociation avec l’état Kenyan pour prendre la gestion de ce parc afin d’y développer le tourisme.

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    1. C’est une bonne nouvelle cet souhait de promotion touristique (tourisme international, je suppose). Je crois que c’est le Samburu County qui gère actuellement. En tout cas, la réserve de Shaba mérite d’être encouragée malgré sa faible densité d’animaux. J’ai encore ces magnifiques contrastes de couleurs dans ma tête…

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      1. c’est le conseil de la région d’Isiolo qui gère la réserve de Shaba, tout comme Buffalo Springs. Le conseil de Samburu Country gérant la réserve du même nom. La sécheresse doit avoir eu un impact très important sur la faune, la densité faunique dont tu nous parles est franchement inquiétante et anormale pour les trois parcs. En parlant de couleurs, elles sont en effet magnifiques sur tes photos. D’où trois questions : c’est quoi ton matos photos ? JPEG ou RAW ? post traitement ou non ?

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        1. Merci pour cette précision, je croyais que les trois parcs étaient gérés par un seul et même organisme régional. Pour le format, toujours jpeg. J’espère pouvoir utiliser le RAW plus tard (je viens de commencer mes cours photo il y a 15 jours à peine). Pour le matériel, nous avons deux boitiers canon (un vieux 1000D et un 7D) avec plusieurs objectifs. Cependant la plupart de mes photos de paysages, dont Shaba, ont été pris avec mon vieux et fidèle compact Sony (mort noyé dans le sable du Namib cette fin d’année, une grande perte !). Comme quoi le petit matériel fait aussi de belles photos. Pas de post-traitement si ce n’est quelque fois la correction de la surexposition. La luminosité des grandes plaines africaines est trop virulente à certaines heures. Merci pour tes compliments, je trouve néanmoins que le format de mon blog n’est pas des mieux adaptés à la mise en valeur de la photo. De plus, redimensionnement oblige pour alléger les publications donc forcément perte de qualité.

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