Lorsque printemps rime avec foins

Pollen, antihistaminiques et un petit grain de féminisme

En ce premier trimestre de l’année je n’ai pas été très réceptive à la multitude de choses sympathiques qui se passaient dans la capitale fédérale, ni aux multiples possibilités qu’offrent les montagnes environnantes non plus. Je me suis contentée de me tenir débout, de l’autre côté de la glace, un peu comme on fait du lèche-vitrine. Malgré un atterrissage à Berne plutôt (très) cool, j’ai été soucieuse de me débarrasser des démarches matérielles avant tout. Ensuite, dans l’urgence d’interpréter mon nouvel entourage, je me suis jetée corps et âme dans un cours intensif d’allemand, histoire de dépoussiérer au plus vite les débris linguistiques (il n’y a pas d’autre nom) acquis il y a vingt ans. Jusqu’à ce que très récemment, des picotements affreux dans la gorge et dans les yeux m’obligent à refréner ma frénésie teutonne. Je commençais déjà à mettre certains symptômes sur le compte de l’overdose grammaticale quand l’Aerius et l’Avamys ont fait leur apparition sur ma table de nuit. Ce sont chez moi les deux grands signes avant-coureurs du changement de saison. Ceux qui souffrent des maux de printemps se reconnaîtront.

Depuis pas mal d’années déjà, chez moi l’Hirondelle ne fait pas le printemps, c’est au rhume des foins que cette tâche prodigieuse incombe. Donc maintenant que je n’arrive plus à contenir les écoulements du nez, que je vide les boîtes de kleenex à la chaine, et que j’éternue comme on tire à la mitrailleuse, je ne peux plus m’obstiner à ignorer le changement de saison. Ce silence hivernal qui jusqu’à maintenant étouffait dans la ville le chant des oiseaux se lève enfin, et je découvre un nouveau visage de Berne. Partout on retrouve les premiers couleurs de la saison. Sauvages ou apprivoisées par les jardiniers de la Ville, les fleurs investissent les carrés de pelouse, chaque recoin de maison et jusqu’au dernier vase. A Berne, dès le 10 mars dernier, les jardins se sont remplis de jonquilles, de narcisses et de primevères, même les arbres bourgeonnaient précocement. Pas moyen d’échapper à ce merveilleux renouveau, même avec une pince au nez.

Au cas vous auriez encore des doutes, les fleurs, les bernois en raffolent ! Moi aussi, d’ailleurs, et cela malgré les souffrances que le pollen m’inflige une année sur deux (capricieux en plus !).

En ce moment même, ce sont les nombreux cerisiers et les magnolias en fleur qui attirent l’attention des promeneurs urbains. Alors pour faire une pause entre le datif et l’accusatif qui occupent actuellement 50% de mon temps hebdo, je suis partie en promenade à travers la ville. Pour m’aérer l’esprit mais aussi pour me rincer l’œil avec les belles scènes bucoliques dont profitent les bernois. Et maintenant, moi aussi. Un peu.

Comme le risque de gel est définitivement parti, le weekend dernier nous avons, nous aussi, succombé à la fièvre du jardinage. Il semblerait que ce soit l’une des occupations qui favorisent le plus la détente et la créativité. Ça brûle moins de calories que le nettoyage de printemps, comme dirait ma prof d’allemand, mais je préfère largement le premier ! Parce que saviez-vous qu’il fut un temps où le « gros ménage de printemps » était une « compétence » enseignée à l’école suisse ? La coutume voulait qu’au beau milieu des congés de printemps, on rapatrie les filles sur les bancs de l’école afin de les instruire sur le Frühlingsputz (ménage de printemps). Oui, oui, vous avez bien lu : que les filles. Un rituel aussi peu réjouissant que vicieux. Finalement, il n’y aurait rien d’étonnant au fait que la Suisse soit l’un des derniers pays du globe à avoir reconnu le droit de vote aux femmes. Le suffrage féminin a été introduit en 1971 au niveau fédéral, celui-ci ayant été voté exclusivement par un électorat masculin (!) Sans conter le canton d’Appenzell qui n’a décidé de se pencher sur la question des suffragettes qu’en 1991, bien plus tard que le Pakistan, l’Afghanistan ou la Syrie… Je vous assure que le 8 Marz dernier ça tricotait sec des bonnets rose sur la place de la Bundeshaus ou Palais fédéral de Berne !

Cette petite parenthèse anecdotique pour vous redire que j’adore le printemps. Quant à elles, les femmes suisses nées dans les années 60 doivent prendre, de nous jours, un malin plaisir à ignorer la moindre motte de poussière qui se déposerait sur leurs carreaux. Il y a là comme quelque chose de libérateur, non ?

Nous voilà donc, nous aussi, dispensés de nettoyage de printemps ! Cette année, nous n’avons pas laissé à la poussière le temps de se déposer sur nos murs. Et vous, ça vous branche de récurer les vitres et de chasser les acariens? Ou vous êtes plutôt apéro en terrasse dès le premier rayon de soleil ? Quoique l’un n’empêche pas l’autre, diront certains. Remarque qu’ils n’ont pas tort 😉 .

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6 réflexions sur “ Lorsque printemps rime avec foins ”

  1. beaucoup plus fan de l’apéro en terrasse que de la chasse aux acariens, je peux te dire! c’est beau toutes ces fleurs à Berne! Profites-en et j’espère que le rhume des foins ne te fera pas trop de mal cette année!

    (quant aux femmes n’obtenant le droit de vote en Suisse qu’en 1971 et 1991, je suis outrée, verte et sans voix! mieux vaut tard que jamais, dira-t-on, mais là, c’est vraiment tard! moi aussi je laisserais quelques poussières trainer, histoire de bien faire valoir mes droits!)

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  2. Héhé, je vois que l’on partage la même attirance pour les fleurs malgré tout ce qu’elles nous infligent en cette meilleure période de l’année, ainsi que le même combat avec l’allemand 😉
    J’ai même succombé et acheté un pot de primevères qui fleurit mon balcon, mais comme à Bern, la concurrence est rude ici à Düsseldorf, que ce soit dans les rues ou les cours intérieures ! Et direction Biergarten dès qu’il fait beau (dopée au Zyrtec pour moi). Et chez toi en Suisse, ça Biergarten aussi ?
    (Petite mention pour ta parenthèse féministe très instructive !)

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    1. Ah oui, ça Biergarten à fond! Il faut se battre pour trouver un siège en terrasse en ce moment! Alors du coup on fonce sur les pelouses, là il se trouve que la consommation est aussi moins chère 😉

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