Meru, un dernier pelèrinage

C’est ici que nous avons fait nos adieux à la savane kenyane, au milieu de ces étendues arides et largement méconnues du nord du Kenya. Historiquement ravagé par le braconnage, le Meru National Park a été le cadre choisi pour notre dernier safari. Et à vrai dire, le plus attendu.

Who will now care for the animals, for they cannot look after themselves. Are there young men and women who are willing to take on this charge ? Who will raise their voices, when mine is carried away on the wind?

George Adamson

Ce qui m’a poussée à venir jusqu’à Meru ? Sans doute la solitude de ses paysages, leur côté brut, vierge, sauvage. L’auteur de ces mots touchants que vous venez tout juste de lire, y est pour beaucoup aussi. C’est la légende des Adamson qui  m’a persuadée de ce dernier safari,  un dernier pèlerinage à travers la savane kenyane. Peu encline à parcourir à pied les routes kenyanes, j’ai choisi la formule pèlerinage en 4×4, si toutefois cela compte 😉 .

Ces régions du nord, où le tourisme bat depuis toujours en retraite, referment une histoire à la fois tragique et extraordinaire, celle du couple Adamson. Je ne voulais pas partir sans me rendre sur ces lieux qui ont vu naître l’histoire de la protection de la faune au Kenya. C’est mon côté adoratrice de félins ;-). Les noms de Joy et George Adamson sont depuis très présents dans la mémoire du pays. Quand je pense à ce qu’ils ont accompli au nom de la sauvegarde du monde animal (et avec quelle passion !), en allant jusqu’à y laisser leur peau, je m’incline devant eux. Ils ont inspiré notre séjour au Kenya et on rendu nos safaris encore plus poignants. Mais je compte bien vous épargner la minute Wikipedia, donc si vous voulez en savoir plus sur ce couple d’activistes, un aperçu de leur histoire ici.

Pendant notre safari à Meru, nous avons eu à faire à un combiné de tous les écosystèmes déjà traversés dans cette région du centre-nord. Des étendues verdoyantes, des montagnes et des zones généreusement boisées, des savanes arides et des concentrations de roche volcanique appelées kopjes. Le palmier doum et les baobabs n’y sont pas moins présents. La particularité de Meru néanmoins : une aridité bien supérieure à celle de Shaba ou Samburu et des tonalités rouge brun qui jettent sur les paysages un voile monochrome. Partout sur les bords des pistes autorisées, route et broussaille ne font plus qu’un. Le manque de précipitations est ici le plus gros danger. La moindre étincèle déclencherait la catastrophe. A l’entrée du parc, nous sommes avertis du danger d’incendie en fonction des températures attendues pour la journée. Toutefois, quant on regarde de près la tête de la végétation, on a du mal à croire que la flèche ait jamais quitté le « code red ».

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Nous roulons sur une espèce d’argile rouge, un phénomène fastidieux qui rend les pistes difficilement praticables à la saison des pluies. C’est un vrai safari en solitaire qu’offre le parc de Meru. C’est l’une des réserves les plus vastes du Kenya mais aussi l’une des moins prisées. Nous n’avons croisé personne d’autre en trois jours, même pas une seule patrouille du KWS en quête de braconniers.  A Meru, le braconnage intensif qui a enrayé sa faune dans les années 80 a également chassé le tourisme. Pourquoi Meru est depuis toujours sous-exploité ? Le visiteur n’aurait-il pas encore compris que dans le désert, tôt ou tard, la faune est capable de s’insurger dans la poussière et de se rebeller contre l’aridité?

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Les animaux se rassemblent naturellement près des sources d’eau ou des zones marécageuses. A l’exception de la Rojewero River qui traverse le parc et qui loge un sacré gang d’hippopotames, les cours d’eau sont généralement à sec. La faune est très dispersée, ça nous a demandé des longs trajets pour la voir (ou pas). Pour les félins, c’est perdu d’avance, on s’en tiendra à notre imaginaire et à l’esprit d’Elsa la Lionne des Adamson qui veille sur le parc. Quant aux derniers rhinos, ils sont protégés dans un sanctuaire grillagé à l’écart des circuits principaux. Avec la broussaille, il faut pouvoir les distinguer. Sauf s’il nous arrive de réveiller bébé qui dormait en plein milieu de la route !

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La faune n’y est pas très nombreuse, certes, mais les passionnées d’ornithologie y trouveront leur compte.

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Attention caméléon sur la route ! Une première pour moi ! Je n’avais jamais vu ce petit être s’exposer de façon pareille. Un peu plus et on lui roule dessus, on a pilé à la dernière seconde !  Profitant qu’il n’y avait pas foule, nous avons attendu (un long quart d’heure !) qu’il traverse la route à son rythme. Il y en a qui savent très bien se fondre dans l’entourage ;-).

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Nous avons dû renoncer à la réserve adjacente de Kora National Park. Encore un regret qui s’ajoute à ma longue liste et qui ne demande qu’à nous faire revenir au Kenya ;-). Trop loin, trop de route, trop peu de temps. Il aurait fallu emmener un ranger avec nous, ils sont toujours remarquables comme système GPS! La broussaille et les affleurements rocheux se faisaient nombreux à l’approche de la jonction entre les deux parcs. Je soupçonne que cela relève de la petite expédition, la dernière demeure de George Adamson attendra donc notre prochaine visite.

Vous l’aurez compris, un dernier road-trip au Kenya qui nous a fait encore mordre la poussière, et cette fois-ci pour de vrai. Le jour du départ, on a du demander à ce qu’on nous donne un coup de main pour débarasser la voiture de son épaisse croûte brune. Le cacao Van Houten, vous connaissez ? Pas besoin de vous en dire plus. Pfiou… les appareils photos, courageux, ont tenu le choc.

Après ce voyage, on s’est dit qu’on était enfin prêts à « bouffer de la poussière » à grande échelle. Et quinze jours plus tard, nous nous envolions pour l’Afrique Australe. Parmi une longue liste de projets, il a fallu choisir un seul gagnant, et c’est la Namibie qui a remporté le prix. Encore une destination qui devrait intéresser les voyageurs indépendants mais qui attendra qu’un jour je fasse le ménage dans nos milliers de photos 😦 .

La route circulaire du Mont Kenya

Cette autoroute aux airs de périph’ parisien est toute aussi sympathique à parcourir, à l’aller comme au retour, que n’importe laquelle de ses attractions voisines. En direction du Meru National Park, cette route circulaire entoure le Mont Kenya. Dans notre cas, arrivés par l’ouest, nous sommes repartis par l’est, un tour qui nous a dévoilé les mille et une merveilles et paysages dont regorge ce coin du pays. Le parcours idéal pour les plus curieux et surtout ceux qui aiment prendre leur temps en voyage.

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En arrivant par le flanc ouest du Mont Kenya. Encore considérés comme le fief des kikuyus, l’ethnie la plus nombreuse du pays (et celle qui détient le pouvoir depuis l’indépendance, la même famille d’ailleurs…), ces hauts plateaux constituent la région la plus fertile du Kenya. Ils sont ainsi connus comme le « grenier du Kenya ». Nous traversons alors d’innombrables cultures de tous les produits frais qui se retrouvent sur les rayons des supermarchés à Nairobi. La variété de fruits et légumes disponibles dans ce pays est l’une des premières choses qui étonne les étrangers. De part et d’autre du Mont Kenya, les produits phares poussent sans relâche dans cette région privilégiée par son taux élevé d’hygrométrie.  La culture du café y est, le thé aussi, sans oublier la variété de riz pishori (aussi prisée par les kenyans que le basmati par les indiens) et les avocats. Et pour les amateurs de fruits tropicaux : le fameux ananas Kazuki (d’après le nom de la boîte qui développe sa culture) que l’on retrouve aussi bien sur les marchés que sur les bords de l’autoroute. On peut s’arrêter pour regarder, négocier, toucher, sentir… ou tout simplement : craquer 😉 .

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Quel panorama époustouflant toute cette succession de cultures et d’écosystèmes, on a envie de rouler, rouler, rouler sur l’Autoroute A2 qui ne semble finir jamais, ou presque puisqu’elle continue jusqu’à en Éthiopie et puis le Caire. La bonne nouvelle est qu’elle est dans un état nickel. Parfaite pour les conducteurs balbutiants! Pourquoi une route si belle dans l’une des régions les moins transitées du pays ? Quelqu’un pour m’aider à percer le mystère ?

En repartant par le flanc est du Mont Kenya, après la visite du Meru National Park. Nous sommes encore dans la région la plus fertile du pays traversée par la B6. Les cultures du riz, de la banane, du thé, du café se font la concurrence. Le paysage est vert, luxuriant et le moindre centimètre de terre cultivable est pris d’assaut. La vue des rizières et des champs d’ananas à perte de vue fait l’effet d’un mirage. La miraa ou khat, la drogue la plus consommée au Kenya (feuille de coca locale, vendue à la Somalie entre autres) prospère dans ces terres.  Malgré une route en bon état, un danger guette : les voitures transportant le khat vers 9h du matin. L’herbe récoltée au petit matin doit arriver encore fraîche, coûte que coûte, à Nairobi ou encore à Mombasa. Elle serait invendable autrement. Les probox chargées comme des bœufs foncent à toute vitesse et ne ralentissent devant rien ni personne. Une fois qu’on est au courant du phénomène : on reste prudent… et on cède le passage!

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Infos utiles pour la visite du Parc de Meru

Self-drive autorisé, il faut juste être prêt à dépoussiérer sa voiture tous les jours. Les pistes sont en bon état mais l’orientation est assez confuse sans l’appui d’une carte. Sur le web, je n’avais trouvé que des plans très sommaires qui ne nous auraient avancé à rien. Heureusement, notre logement nous a prêté une carte où les circuits sont bien numérotés. Ça nous a tout changé.  Attention néanmoins car si les circuits principaux sont bien balisés, dès qu’on prend les routes secondaires on se retrouve vite entourés de champs d’épineux sans aucune visibilité autour de soi. Et si en plus, y’a peeersooone, comme  chante Alain Souchon, je vous laisse imaginer…

Prendre un ranger/guide peut s’avérer très utile, du moins le premier jour (ou acheter la carte du parc au guichet).

Côté logement, j’ai entendu dire qu’un hôtel hyper chic est installé dans le parc mais nous avons choisi de loger à l’extérieur, dans un tented camp à moins de 2km de l’entrée principale de la réserve. Il s’agit de l’Ikweta Safari Camp qui se veut une formule de « luxe abordable ». Et c’est tout à fait cela ! Il s’est révélé être le meilleur rapport qualité-prix de tous nos voyages. Un accueil familial et charmant, en prime. Je le conseille sans hésiter. Il présente un avantage en plus, qui n’est pas sans importance dans un pays comme le Kenya : il est bien fléché sur la route.

Dans ce coin, les températures ont tendance à grimper pendant la journée et à rester hautes la nuit. Les moustiques s’en donnent à cœur joie. Ne pas oublier le DEET et des vêtements traités à la perméthrine pour des soirées paisibles à la belle étoile.

Si vous voulez avoir un aperçu de ce que l’on peut visiter dans cette même région, sous 15 jours de self-drive par exemple. Je vous suggère de jeter un coup d’œil à mes billets sur les safaris haut-de-gamme pratiqués dans le Plateau de Laikipia, à la diversité des 3 réserves à Samburu ou les sommets vertigineux du Mont Kenya qui se situent dans la région centrale-nord, connue comme les Highlands.

Et sinon, Safari Njema à vous!

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14 réflexions sur “ Meru, un dernier pelèrinage ”

  1. Merci de me faire rever au fil de tes beaux billets et de tes photos extraordinaires… Tu me donnes super envie… Peut-etre un jour aurons-nous l’occasion de suivre vos pas 🙂

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    1. Comment ça, tu te serais perdu? Ça fait plaisir. Oui, j’ai continue mon fil de récits sur le Kenya le temps de poser nos valises en Suisse. Ça me laisse le temps de réorganiser mon quotidien et de me faire une idée de l’endroit où je vais vivre. Je ne voudrais pas tirer des conclusions hâtives ;-). Sinon, pour l’Afrique ce n’est pas fini, disons que je vais alterner les récits. Bisch bald!

      Aimé par 1 personne

      1. Je suis parti en voyage et cette période a coïncidé avec le retour de tes derniers articles. Ceci explique cela ! 🙂

        Et donc tu vas vivre où ? Tu repars en Afrique ? Si j’ai bien suivi, la Namibie arrive prochainement sur le blog ! 🙂

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        1. Cool, « en voyage » tu dis? Ça me remonte le moral! Non, je ne repartirai en Afrique que pour d’éventuelles vacances à partir de maintenant. Je suis en train de m’installer dans ce petit pays alpin que l’on appelle la Suisse. Je ne quitte pas les grands espaces, mais c’est loin d’être le même paysage. Et zut, je n’aurais pas dû mentionner la Namibie car ça ne va pas venir tout de suite, je crains. Du temps au temps.

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          1. Oui, j’ai hâte de sortir du brouillon qu’est mon quotidien en ce moment pour aller voir du côté des montagnes! Merci de tes encouragements.

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  2. Oh mon Dieu, dernier safari, ce qui veut dire que voilà qui met un terme à cette série de billets sur les safaris kenyans ? Je suis prise d’un seul coup d’une nostalgie moi aussi… En attendant la Namibie alors.

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    1. Ouffff, la Namibie va vraiment devoir attendre. Quand il n’y a plus du Kenya, il y en a encore… et puis surtout il faut quand mème que je donne des nouvelles du pays de la Croix Rouge. On va me prendre pour une mythomane sinon 😉

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