Un safari à dos de dromadaire

Inouï, casse-gueule, désopilant…? L’expérience ultime en matière de safari pourtant!

En tout début de séjour au Kenya, lorsqu’il nous arrivait d’apercevoir un dromadaire, on se demandait derechef si l’on n’était pas victime d’un mirage. Surtout à Nairobi ! J’ai compris plus tard d’où proviennent ces animaux. Au nord de l’équateur, là où la sécheresse fait des ravages, les caravanes chamelières y sont monnaie courante. Une découverte, mais surtout une bête qui m’avait laissée assez indifférente, d’ailleurs. J’étais alors incapable de m’imaginer que mon séjour dans la réserve privée de Lewa Wildlife Conservancy mènerait mes fesses tout droit sur la bosse d’un dromadaire. Ah la blague!

Je parie que certains (qui me connaissent de près) restent encore sceptiques à la lecture de ces premières lignes (me connaissant, n’est-ce pas ?)… Et bien, voici la preuve tangible qui devrait vous convaincre. Allez-y, poilez-vous d’avance, mais je vous promets que ça fait un bien fou de rire de soi-même de temps en temps 😉

Parmi les activités proposées à Lewa, il y a les randonnées équestres. Une option alternative quand on en a marre de parcourir la réserve assis dans un 4×4 pendant des heures. Perso, on n’est jamais dans ce cas. Les games-drives, on en redemande. Mais une certaine matinée, Mister a eu envie de monter à cheval. Cela peut sembler téméraire quand on pense aux fauves, mais on trouve ce noble quadrupède dans les ranchs privés du Kenya, Lewa emploie même un palefrenier pour gérer ses étables. Les randonnées sont courtes (aux heures où les fauves sont le moins actifs), encadrées et menées dans des zones où la présence des carnivores est surveillée. Faites une balade à cheval dans ces paysages grandioses, le Mont Kenya en fond de toile, et je vous promets que vous n’êtes pas prêts d’oublier le Kenya.

cavaliers-lewa-wildlife-conservancy

Quant à moi, je ne suis pas très cavalière par nature, je préfère voyager sur mes deux jambes. La seule fois où je suis montée à cheval (une journée entière !), je n’ai pas pu m’assoir pendant 3 jours d’affilé. Et lors de la seule occasion (et la dernière, je me suis jurée) que j’ai eu de monter à dos de mule (3h de supplice depuis les entrailles du Cañón del Colca, au Pérou), ma jambe droite a failli y rester. Alors, dans la concession privée de Lewa, à l’heure du petit-déj, quand j’ai vu arriver le Moran (guerrier masaï) trainant quatre dromadaires par leur licou, j’ai failli avaler mon café de travers. Qu’est-ce qui m’a pris la veille d’aller faire ma curieuse à propos des dromadaires que j’avais aperçus dans la plaine? Mon instinct m’a soufflé à l’oreille qu’on me préparait un sale coup. Mais à quoi bon se crisper ? Après le Mont Kenya, il n’est point d’expérience qui me résiste 😉

dromadaires-au-repos-nord-du-kenya

Prête à relever le défi, plus par amusement qu’autre chose, j’ai cédé à cette drôle de chevauchée qui n’avait à mes yeux rien d’une tradition locale. Erreur ! Vers les étendues les plus arides du nord du pays, on y trouve de nombreux troupeaux de dromadaires en semi-liberté. C’est là aussi qu’on organise pendant les mois d’été certaines courses à dos de dromadaire hyper célèbres au Kenya. Le fait est que, ce matin là, à cause de je ne sais quel vœu inexprimé, je me suis retrouvée en tête de caravansérail sur un dromadaire de 16 ans, mâle dominant (pourquoi moi ?!). Au taquet pour un derby ? Noooon ! Encore fallait-il savoir se comporter avec cette bête de somme dont je n’avais strictement aucune pratique.

Un safari à dos de dromadaire dans une réserve naturelle où les fauves se tapissent dans l’herbe,  je peux vous dire que ça fait du bien de changer de point d’observation ! Mais au départ, rien qu’à essayer d’estimer « cette hauteur » à laquelle on doit aller se placer, on éprouve une pétoche monstre une certaine appréhension. Comment va-t-on s’y prendre alors ? Il m’a fallu de l’aide pour comprendre les consignes !

Primo – Commencer par se mettre à califourchon sur la bête. Surtout se faire aider par quelqu’un de costaud qui tient le dromadaire pendant que vous essayez de l’enfourcher. Il faut déjà faire accroupir l’animal. Même à genoux, il est encore très haut ! Pour s’installer sur la selle, on met le pied gauche sur l’étrier en bois (toujours très haut), et l’on enjambe du pied droit. Attention néanmoins car dès que la bête vous sent les pieds, elle a comme une envie irrépressible de se mettre débout. Bonjour mon le grand écart, si le licou échappe au Moran qui le tient fermement !

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Non mais… vous êtes sûr que la selle ne tombera pas?
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On ne peut pas dire que Monsieur se montre très coopératif…

Secundo -Maintenant il faut que le dromadaire se mette debout. Pour cela, il relève d’abord ses jambes de derrière l’une après l’autre, et par ce mouvement,  il vous rejette tout en avant de la selle; puis, relevant ensuite son train de devant, il vous rejette tout aussi violemment en arrière. Si après cet enchainement de mouvements notre colonne vertébrale est intacte, et que nous sommes toujours sur la selle, c’est qu’on a réussi l’épreuve. C’est alors parti pour une balade tout ce qu’il y a de plus hilarante.

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Accroche-toi ma belle, parce que quand il est parti… il est parti!

Et Tertio -Enfin, il va falloir redescendre ! On se prépare à une expérience tout comme la précédente mais dans l’autre sens. D’abord on est projeté en avant et puis en arrière, avec la même délicatesse que pour monter. Sachant d’avance ce qui nous attend, on évitera habilement le coup du lapin inversé.

Se balader dans l’une des réserves les plus jolies du Kenya, et cela presque à hauteur de girafe, ça vous donne un autre regard sur les paysages. Le dromadaire a une drôle de façon de tanguer qui n’est pas sans vous surprendre. Se lancer donc dans l’expérience juste après le petit-déjeuner promet un estomac complément barbouillé. Prévoir une balade de 40 minutes maximum, on ne tiendra pas une minute de plus. La façon de se balancer qu’adopte le dromadaire vous impose un déhanché à la Shakira pour ne pas perdre l’équilibre. Quand je suis redescendue, en suivant à la lettre les consignes du Moran, j’ai marché en dansant la lambada pendant pas moins de dix minutes. Le temps que mon bassin s’en remette complètement. Je comprends maintenant pourquoi on m’avait assuré que la balade ne se prolongerait pas au delà d’une heure. Et moi qui croyait que c’était par peur des fauves…

Pour les fans de ces « ânes du désert », il existe au Kenya la possibilité de se lancer dans ce qu’on appelle un « camel safari », une virée dans la savane qui promet des émotions inoubliables. Et pour les plus douillets, beaucoup d’inconfort aussi. Considéré comme l’expérience ultime en matière de safari, il s’agit ni plus ni moins d’un voyage de plusieurs jours à dos de dromadaire. Oui, j’ai bien dit plusieurs jours. En compagnie de quelques porteurs et cuistots, pendant les heures de lumière, on chevauche, on chevauche dans la savane (dès qu’on a trop mal aux fesses, on marche). On oublie le poids des tentes, des sacs à dos et des casseroles : c’est les dromadaires qui portent. Et dès que la nuit tombe, on se pose, on monte son campement sous les étoiles, et on profite d’une expérience magique au cœur de la nature.

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Maintenant que je suis enfin une cavalière, ridicule mais confirmée, j’ai hâte de retourner en Afrique pour la tester et, dans tous les cas, avant que mon corps ne cède au joug des rhumatismes!  Car il vaut mieux avoir les os solides pour supporter de telles chevauchées et du camping basique non-stop.

Safari à dos de dromadaire, une épreuve désopilante à relever au moins une fois dans sa vie ! Et pas si périlleuse finalement, car si j’écris ces lignes, c’est que j’ai réussi à descendre en un seul morceau, non ? Bien sûr, il ne faux pas non plus se laisser décourager quand on découvre que l’on n’a pas l’âme d’un bédouin ni l’ardeur d’un Lawrence d’Arabie. Seul détail dont je me serais passée : les éternuements de « ma » bête lorsque nous marchions face au vent… berk !

Alors, est-ce qu’il y en a parmi vous qui se sont déjà laissés tenter par un petit tour sur des bosses ? Pas trop mal aux fesses, sinon?  😉

polaroid-avec-dromadaire

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9 réflexions sur “ Un safari à dos de dromadaire ”

  1. Ahahahaha j’adore! J’ai bien ri en te lisant, pas de toi mais de cette situation loufoque et de ta manière géniale de la raconter!
    Jamais essayé le dromadaire, jamais allée en Afrique en fait, ça manque à mes expériences! J’espère pouvoir rattraper le coup un de ces 4 et pouvoir rire autant que toi d’une telle aventure!

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  2. Oh oui, le tour à dos de dromadaire ! J’ai eu l’occasion de le faire dans le désert du Wadi Rum en Jordanie et du côté de Jaisalmer (en Inde) du côté de la frontière pakistanaise, et la vue de cette hauteur est majestueuse. Personnellement j’adore et j’ai même pas super mal aux fesses (mais le mal de mer en revanche…).

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, excellent, avec Marie-Noëlle, c’était au Maroc, sur la route des Ksars (haut atlas) vers Rissani, avant de rejoindre la vallée de Zagora: une balade de 1h à se déhancher ! Exactement comme tu décris ! Mes os s’en souviennent encore 😁😁😁
      Par contre, je ne crois toujours pas que tu aies fait ça ! Tu as fait un montage photoshop !!! Lol 😂
      Bises, Denis

      Aimé par 1 personne

    2. Oui, on devrait toujours avoir des antiémétiques dans son sac à dos, ou du gingembre qui marche d’enfer dans ces cas là 😜. Ce n’est pas l’expérience dont je suis la plus fière !

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