Pour l’amour d’un éléphant

Le fabuleux destin de la Fondation David Sheldrick à Nairobi

Ce poste est dédié aux inconditionnels de la faune sauvage, à ceux qui aiment et savent respecter les animaux, à ceux qui luttent contre le braconnage de près ou de loin, et même à ceux qui possèdent toujours des antiquités ou des objets contenant de l’ivoire. A tous, je vous promets, qu’une fois que vous aurez traversé les portes du David Sheldrick Wildlife Trust, vous ne verrez plus jamais la protection animale ni la conservation des espèces du même œil. Prenez donc place, car aujourd’hui, je vais vous raconter une belle histoire, une histoire des plus touchantes qu’il soit.

C’est l’histoire extraordinaire de l’orphelinat d’éléphants de Nairobi.

Il était une fois en 1977…

…encore un de ces couples « conservationnistes » passionnés de vie sauvage qui décidèrent de consacrer leur vie toute entière à la protection des espèces en Afrique. Ils s’appelaient Daphné et David Sheldrick. A la mort de David, et en son honneur, sa veuve Daphné créa le programme de protection d’éléphants orphelins : l’un des projets les plus extraordinaires au monde en matière de protection et sauvegarde des pachydermes. Sa réussite tient, entre autre, au lait maternel de substitution mis au point par Daphné elle même et pour lequel il lui fallu pas moins de 28 ans de recherches et de tests.  Une préparation que le projet de Nairobi  utilise actuellement et fournit à d’autres centres autour du monde.

Dès son origine, la fondation Sheldrick se fixa deux objectifs principaux : la lutte acharnée contre le braconnage (on démantèle notamment les pièges posés dans les parcs nationaux) et la protection des éléphanteaux orphelins après la disparition de leurs mères victimes de braconnage.

Et voilà, en gros, la genèse de cette belle aventure qu’est l’orphelinat pour éléphants de Nairobi. Mais, dans le concret, comment le programme de sauvegarde est-il-mené à bien ? Vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemble l’enfance d’un gros bout d’choux comme celui-là ?

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La Fondation Sheldrick à Nairobi, accolée au Nairobi National Park, se visite dans des conditions très particulières. Dès l’arrivée, les visiteurs se rassemblent autour d’un plan d’eau (ou dites plutôt de boue !). C’est la qu’arrivent les « soignants » suivis de près par une ribambelle bruyante et enjouée d’éléphanteaux d’âges très divers. Ça se chamaille, ça se course, ça s’arrose d’eau… bref, on se croirait face à une classe de maternelle en cours de récréation!

Lors qu’ils atteignent le plan d’eau, les soignants nourrissent ces jeunes éléphants au biberon, un éléphant après l’autre… quand ils se laissent faire. Il faut voir la taille des biberons, je ne compte plus combien ils en ont pris chacun ! Ensuite on les asperge de terre tout comme leur maman aurait fait. Ce processus qui laisse le visiteur bouche bée ne fait que reproduire les conditions de ce qui aurait été leur élevage en liberté. Finalement, on les laisse se rouler dans la boue, c’est l’heure du bain. Et attention car le but est d’asperger un maximum de curieux !

Divertissant pour nous, mais du boulot pour les soignants ! Pendant que les orphelins font leur cirque (des bêtises plutôt qu’autre chose), ces « mamans de substitution » de vert toutes vêtues se débattent pour les canaliser. Force est de constater que l’envie de s’amuser se révèle plus forte que l’appel à la discipline ! D’ailleurs, gare à vos jambes…

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A supposer que vous arriviez à vous concentrer devant un tel spectacle, un membre du personnel fait de son mieux, micro en main, pour vous expliquer quels sont les risques et les enjeux pour un éléphanteau ayant été brusquement privé de sa mère. Le secret de sa survie ? Qu’il atteigne l’adolescence avec l’aide du centre et l’affection des femelles les plus âgées. C’est à travers une relation affective solide qu’il réussira à se reconstruire. Tiens, tiens… ça me rappelle la psychologie d’un certain mammifère bipède, pas vous?

Qu’apprend-t-on pendant la visite ? Beaucoup !

Que l’éléphant vit aussi longtemps que l’homme (60-70 ans en moyenne) et que son bébé est aussi fragile qu’un enfant.

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Que le braconnage est plus que jamais d’actualité en Afrique et que la disparition de l’habitat de l’éléphant prend de la vitesse en raison de l’avancement des terres cultivables.

Que l’éléphant est un être intelligent et émotionnel. Savez-vous qu’il pleure la perte de ses proches (des larmes, oui), qu’il souffre de dépression et peut se laisser mourir après sa séparation de sa mère, qu’ils s’entraident face à l’adversité, qu’il communique ses émotions et ressent l’arrivée de la mort, qu’il va même jusqu’à recouvrir la dépouille de ses semblables de branches mortes?… Et qu’en somme, il possède un caractère humain. J’ai eu de la peine à croire qu’un éléphanteau puisse reproduire le comportement d’un enfant : joueur, coquin, capricieux et jaloux à ses heures! Et pourtant, les faits sont là.

Quelle est la suite pour les éléphants « réhabilités »?

De nos jours, le centre agit littéralement comme une mère de substitution. Les soignants accompagnent les bébés 24h/24h pendant leurs premières années afin de les préparer au mieux à la liberté et la réinsertion au sein d’une nouvelle famille de pachydermes. Les animaux qui atteindront l’adolescence avec l’aide de l’institution, auront aussi surmonté le traumatisme de l’abandon et/ou la perte et seront prêts à retrouver la liberté dans le Tsavo East National Park. Le plus grand des parcs nationaux kenyans et le plus propice au développement des pachydermes.Et c’est justement David Sheldrick qui l’a fondé.

Comment fonctionne la visite de la fondation David Sheldrick ?

La visite est permise de 11h à 12h (mieux vaut être ponctuel) tous les jours de l’année y compris le 25 décembre, mais uniquement pendant que les éléphanteaux sont nourris un peu avant midi.

C’est aussi possible après 17h, au moment du coucher. En revanche, cette visite est réservée à ceux qui auraient parrainé un petit pensionnaire (Comment adopter un éléphant). Les parrains peuvent également se rendre au projet de réinsertion au Tsavo East National Park.

Cette deuxième partie est encore plus attendrissante, ces mamans de substitution veillent pendant leur sommeil. Elles se baladent d’un éléphant a l’autre afin de l’emmitoufler dans des petites couvertures, lui tenir compagnie, vérifier que tout se passe pour le mieux et qu’il réussit à s’endormir. Il faut beaucoup rassurer ces bébés au moment du coucher.

Pourquoi faut-il absolument visiter l’Orphelinat?

1- Parce qu’enfants, ados ou adultes, tous on adore !

2- C’est faire une bonne action. Au delà du don que suppose le ticket d’entrée, nous militons pour un projet qui est essentiel à la survie de l’éléphant africain;

3- On a la chance extraordinaire d’entrer dans l’intimité de l’élevage d’un éléphanteau. Non seulement on s’aperçoit combien ces animaux sont fragiles et intelligents, mais aussi combien ils nous ressemblent; et

4- Parce que les soignants ou animal keepers, strictement des kenyans, font preuve d’une empathie et d’un dévouement exemplaire, et c’est justement ça le plus émouvant : ces mamans de substitution peuvent materner un éléphanteau pendant plus de 10 ans !

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Avec l’orphelinat Sheldrick, j’ai été prise d’empathie dès la première minute. Le projet m’a touchée au plus profond, et je me suis rappelée les contes d’orphelins que ma grand-mère me racontait si tendrement quand j’étais enfant. Alors, pour l’amour d’un éléphant, et pour l’amour de nos enfants, maintenant qu’on connait ce beau projet, il faut leur en parler, en faire un récit, l’enjoliver, le remplir d’anecdotes rigolotes et touchantes car le parcours de chacun de ces petits rescapés est exceptionnel.  Il ne tient qu’à nous de semer dans la petite têtes de nos enfants la graine de la sauvegarde des espèces. Seulement de cette manière auront-ils le privilège de connaître un jour ce majestueux être qu’est l’éléphant africain.

Et si en plus nous avons la verve d’un conteur, à l’heure du coucher, installons-nous confortablement près de nos bambins, mais n’éteignons pas tout de suite la lumière car… il était une fois un petit groupe d’orphelins, au Kenya tout le monde les appelait les orphelins Sheldrick…

 

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6 réflexions sur “ Pour l’amour d’un éléphant ”

    1. Yes! A great project, isn’t it? But as far as the elephant keeper position is concerned, the Trust only employs locals. This is the Trust’s best way of contributing to educate the local population to protect their wildlife and environment. How would you like to contribute?

      Aimé par 1 personne

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