Quand l’expat devient alien…

Comme chaque expatrié(e) du monde, découragé(e) par les pièges de l’immigration et, par la force des choses, souvent critique avec les lourdeurs administratives de certains pays, j’ai fini par recevoir mon « alien card ». Et j’ai sauté de joie, car il y avait bien de quoi! Cela s’est passé tout juste deux mois après mon rendez-vous auprès des services de l’immigration à Nairobi (rendez-vous qui m’a été accordé seulement après 8 mois de résidence provisoire au Kenya!). Qu’est-ce qu’une alien card? Éclairons, si besoin est, les bleus en expatriation: non, je n’ai pas décroché un premier rôle chez Ridley Scott et, non, je n’ai pas non plus échangé ma voiture contre une soucoupe volante. L’alien card n’est autre chose que la carte officielle de résident au Kenya et la fin du processus d’intégration administrative des étrangers (il était temps de sabrer le mousseux!).

J’en connais des langues ayant choisi des expressions plus élégantes, ou en tout cas moins crues, pour se référer aux personnes étrangères à tel ou tel lieu, ou résidentes dans un pays dont elles ne détiennent pas la nationalité. La langue anglaise, quant à elle, malgré sa richesse de vocabulaire, de tournures et d’euphémismes,  cette fois-ci, elle aurait pu faire usage d’un peu plus d’imagination et nous épargner l’abomination. Du coup, je ne sais pas finalement ce qui est mieux: si rester un « appendice » ou passer au stade d’ « extraterrestre ». Vous ne trouvez pas que la mutation est de taille? ;-).

N’empêche que depuis fin juillet, ce petit sésame qui se cache dans mon portefeuille et moi sommes devenus inséparables. J’ai à nouveau retrouvé la sensation d’exister, c’est un peu comme la chenille qui se transforme enfin en papillon, vous voyez? Le regard des kenyans s’adoucit quand je sors la carte et bye bye au quiz inopportuns, car maintenant tout s’explique. Je ne suis plus invisible. Je peux justifier d’un domicile et d’un numéro d’immigration. Je rentre enfin dans leurs cases. Pour eux, la paix administrative. Pour moi, une date à placer dans mes éphémérides car la lassitude commençait à avoir raison de moi.

J’en ai eu des états d’âme à cause d’un minable bout de carton plastifié de 85 x55 mm, mais c’est que ce minuscule bout de pvc peut faire des miracles! Ma couleur de peau fera toujours de moi une mzungu, mais ma nouvelle identité est en train de m’aider à réduire prodigieusement les distances. Je remarque que l’alien card me place plus près du kenyan que du touriste, et que cela semble aussi rassurer mon interlocuteur.

Un petit pas vers « l’intégration »? Ouf, quel grand mot ! Une symbolique d’initiation? Ou un rite de passage nécessaire avant de se faire adopter ? Quelle que soit la manière dont on retournera la question, devenir un « alien » semble revêtir une importance particulière aux yeux des kenyans. Force est d’admettre que ce bout de plastique vient consolider tous les efforts que nous faisons dès le départ pour nous fondre dans la masse (outre le fait de baragouiner quelques mots de kiswahili qui aident pas mal aussi).

Alors, je dis Karibu l’alien card !

D’ailleurs, à ce stade du blog, et sachant combien la vadrouille nous démange, cela n’étonnera personne si j’avoue que tout juste après notre retour d’Europe, pour trinquer à la santé de nos alien cards (et récupérer quelques congés que Mr Expat a perdus dans la bataille) nous sommes partis loin de Nairobi vite tester l’efficacité de nos nouvelles identités. Parce que, d’après vous, pour faire du tourisme au Kenya, pourquoi est-ce si important d’être reconnu comme un résident à part entière ? La réponse dans mon prochain billet!

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7 réflexions sur “ Quand l’expat devient alien… ”

    1. Merci Nathalie, mais quel plaisir de te retrouver par ici! Comment ça va la vie à Prague? Oui, je me demande aussi pourquoi on ne se contente pas de mettre sur l’ID « foreign nationals » ou « residents », tellement plus simple et facile à comprendre. Mais la République Tchèque, est-ce qu’elle a aussi des façons aussi bizarres de nous classifier? On est quand même en Europe, non? 😉

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      1. La vie à Prague se passe très bien! Je sais déjà que je n’y passerai pas toute ma vie mais pour l’instant, j’en profite chaque jour! Oui ici c’est l’Europe, du coup je ne me suis pas vraiment inquiétée des démarches administratives… Oups
        Sinon après quelques mois sans lire de blogs, sans publier, je suis de retour et qu’est-ce que ça fait plaisir 🙂

        Aimé par 1 personne

        1. Tu as la bonne approche Nathalie! Il faut saisir chaque opportunité. J’espère que la vie dans la République Tchèque te plait, je pense surtout à l’énergie que doit demander l’apprentissage de la langue! Bravo, si tu t’y est mise 🙂 🙂

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  1. Félicitations !
    Je ne peux que comprendre ce besoin d’être officiellement kenyane. Aux yeux des « locaux », c’est un signe d’intégration j’imagine. Vivement le prochain article pour en savoir plus à ce sujet.

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