Mon congé chat-batique

Et la petite histoire d’une adoption surprise

Avec près de vingt ans d’expérience professionnelle dans mon CV, j’avais forcément entendu parler du congé maternité, du congé de solidarité internationale, de congé payé, du congé maladie, du congé formation et même du congé pour catastrophe naturelle. Rien ne laissait imaginer cependant, qu’en déménageant au Kenya j’allais découvrir un nouveau type de congé. Or, par la force des choses, en tout début d’année 2016 je me suis retrouvée en congé chat-batique 😉

Le mois dernier dans mon poste sur l’expatriation avec son animal domestique, je vous relatais l’Odyssée traversée par Arsène pour nous rejoindre à Nairobi. Ce billet a suscité beaucoup d’intérêt (devrais-je dire préoccupation ?) sur l’atterrissage et l’acclimatation d’Arsène à son nouvel environnement. Je profite au passage pour vous remercier au nom d’Arsène pour tous vos petits mots, messengers et whatsapps, il est ravi d’avoir son propre club de fans!

Chat-noir-étalé-sur-le-canapé

Bien qu’ayant réussi rapidement à réunir les « basiques » de notre installation à Nairobi, je me souviens très bien qu’en octobre dernier le foyer avait toujours le goût du vide sans notre boîte-à-ronrons. Notre nouvelle maison manquait sensiblement d’âme. Nous avions enfin une adresse et un code postal,  mais nous n’étions pas «chez nous». Non, je n’exagère pas… car on ne peut réellement comprendre cette carence quand on n’a jamais eu d’animaux domestiques. Me voilà soulagée de savoir notre petit foyer « semi-nomade » enfin au complet et pour la petite anecdote, la famille s’est depuis agrandie de manière inespérée…

A commencer par Arsène, après une fragile période d’adaptation où il a reniflé la maison de fond en comble, nous avons conclu qu’il se plaisait bien. Mais dites-moi quel chat ne le ferait pas dans une maison multi-paliers avec, en bonus, un petit bout de pelouse verte rien qu’à lui ? La découverte du jardin a été une révélation pour notre chat, c’est peut-être parce que dernièrement à Paris, lui et les géraniums se disputaient la surface d’un minuscule balcon. Ici nous avons fait grillager le jardin pour qu’il sorte en toute sécurité. Ça c’était en novembre, à croire que le bout de pelouse ne lui suffit plus car il a tendance à s’évader comme Harry Houdini !

Avec une surface habitable digne du Sheikh Khalifa, il s’est mis à pratiquer le sport national kenyan. Il s’est découvert aussi une passion pour les chips au vinaigre et sel (les anciens strates britanniques persistent…) mais surtout il est passé progressivement du stade de chasseur de mouches inégalable à celui de terrasseur de geckos dans le jardin. Il croque tout ce qui bouge.

Chat-noir-sur-chaise

Pour ses besoins quotidiens, connaissant sa maîtresse qui n’a pas hésité à faire le tour des importateurs de croquettes de la capitale, il est aux petits oignons. Bref, c’est un chat comblé ou du moins il l’était…  jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance de Kikou.

Kikou est venu à nous après la période de noël. Un soir de retour du resto, il a littéralement sauté à notre cou et il n’y a pas eu moyen de le reposer sur le sol. Il s’est agrippé à Mr Expat comme si sa vie en dépendait, c’était probablement loin d’être une métaphore. Ça nous a fendu le cœur et, émoustillés que nous étions par le soju du resto coréen du coin, nous l’avons pris pour la nuit… sans trop réfléchir !

Ça, c’était le 2 janvier dernier.
Depuis: chat d’un jour, chat pour toujours.

Kikou a la personnalité d’un lionceau et un (sacré) caractère bien forgé par sa condition d’indigent et sa volonté de survie dans la rue. Ce petit bout de chat avec la peau sur les os était famélique, faible et souffrait de la fièvre des tiques lorsque nous l’avons récupéré. Il s’en est sorti de justesse, dixit le véto qui lui même ne misait pas fort sur sa rémission.  Il faut se dire qu’entre les singes qui trainent en ville, les locaux qui leur bottent les fesses et la lutte à mort pour la nourriture, l’espérance de vie pour un chaton né dans la rue à Nairobi ne dépasse pas quelques jours en moyenne… à moins de faire la connaissance providentielle de deux individus fous de félins comme nous !

Kikou est un vrai sauvageon qui m’a ouvert les yeux au monde vétérinaire kenyan et à son terrible manque de moyens. Malgré des multiples visites, je fais encore des cauchemars à chaque fois que je mets les pieds dans la clinique…  Au Kenya, à l’exception des grandes réserves animalières où le personnel se met en quatre pour lutter contre le braconnage, la priorité va aux soins du bétail et ensuite à l’élevage de chiens (ces derniers faisant l’objet d’un atroce profitable commerce à des fins de garde et de sécurité personnelle).  Quant à  la considération accordée aux petits animaux domestiques, de mon point de vue affectif (et de mon éducation), ça laisse énormément à désirer.

Du coup, ça donne quoi d’avoir un gentleman normand et un clochard kenyan sous le même toit, hein ? Et bien justement ceci:

Pots-cassés

Ce n’est pas de tout repos…

Nous sommes ravis de voir notre protégé s’amuser avec des vieux jouets qui ne suscitent plus aucune frénésie chez Arsène. Sauf que ce dernier ne le perçoit pas du même œil, et cela le vexe quand on touche à ses affaires et à son territoire. Jusqu’à très récemment Kikou n’avait pas le droit de monter au premier étage ni de se coucher sur notre lit, Arsène veillait avec ténacité à ce qu’il ne commette pas d’écart. Il ne fallait surtout pas qu’on vienne piétiner sur son ancienneté ! Inévitablement, on a vu l’ombre de la jalousie s’abattre sur nous lorsque le petit mendigot s’est avéré une vraie boule à câlins, bavarde de surcroit.

Le temps, la chance, le véto et nos soins ont aidé Kikou a remonter la pente et il est aujourd’hui devenu un beau chat en pleine possession de ses instincts de félin. Il fonce à la vitesse d’un chat tombé d’un toit (elle a de ces expressions la langue française …), devinez donc qui court après qui maintenant ? Arsène récolte ce qu’il a semé.

Rien qu’à deux, ils ont décimé la population de petites bêtes rampantes dans la résidence (à l’évidence, ça fait un délicieux snack). Je songe sérieusement à créer une fondation pour la sauvegarde du gecko à Nairobi ! On a carrément installé des vieux paillassons à l’intérieur de la maison pour canaliser leurs élans de griffure. C’était un drôle de pari mais cela semble fonctionner, qu’est-ce qu’il ne faudrait pas faire pour sauver nos beloutchs ?!

Mais il n’y a pas long de cela, vous auriez dû voir mon désarroi à l’idée de devoir donner Kikou en adoption quand j’ai cru qu’ils ne s’entendraient jamais. A mon grand soulagement, il semblerait qu’après trois mois (interminables !) leurs combats de gladiateur laissent la place à des jeux moins «olympiques ». Du moins, c’est la conclusion que j’en tire étant donné la disparition progressive des touffes de poils dans la pièce principale.

Chats-posent-dans-jardin

Pour tout cela et plus encore, Mr Expat se plaît à dire « Sonia est actuellement en congé chat-batique ». Mais mise à part l’ironie, c’est vrai qu’ils accaparent tous mes câlins et le temps que je passe à la maison… Voilà donc comment, dans ma nouvelle vie à Nairobi, je suis passée du congé sabbatique au congé chat-batique.

Est-ce le destin? Je ne sais pas. Mais avec l’apparition fortuite de Kikou en fin d’année, je me suis remis à croire au Père Noël 😉

N. D. B- Au cas où cela vous aurait échappé, petit décryptage du message subliminal qui se cache dans mon billet :

Adoptez, et n’achetez surtout pas !
(et ça vaut aussi pour les chiens)

So.

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3 réflexions sur “ Mon congé chat-batique ”

  1. Ils sont tous les deux très beaux. On dirait qu’Arsène va s’amuser comme un petit fou au Kenya (je suis sûre que le mien s’y plairait beaucoup en tout cas, la chasse aux geyckos doit être beaucoup plus valorisante que la chasse aux mouches) 😀

    Aimé par 2 people

    1. Merci, je suis sous leur charme comme toute maîtresse de chat! 😉 Ils s’amusent comme des fous (ou du moins c’est comme cela que je l’interprète…). Le chat est le meilleur compagnon de l’homme, n’est-ce pas? J’espère pouvoir emmener Kikou avec moi si je rentre en France après le Kenya. Bon weekend parisien à toi!

      Aimé par 2 people

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