Homme qui plonge dans une rivière la tête en avant

Je replonge!

Redéfinir son identité toujours et encore, sacré défi !

Très récemment, je me suis promis de revenir plus souvent sur le blog mais avec les tristes événements qui se sont produits la semaine dernière à Paris, il m’a encore fallu du temps pour canaliser (plutôt avaler ?) ma colère. Besoin encore de recueillement, cette fois-ci en mémoire de tous ce qui ont laissé leur vie à cause d’un grand acte de lâcheté. J’espère de tout cœur que vous, qui me lisez régulièrement ou occasionnellement, n’aurez pas été touchés de près ni de loin par cette barbarie.

Quinze ans à Paris sont presque une vie ! Et mon plus beau cadeau est présent partout dans ce blog, la langue française et l’expérience culturelle de la francophonie. C’est à travers Un pied ici, un pied là bas que je rends hommage à l’héritage de ces quinze dernières années en France. C’est aussi vers ces êtres chers que toutes mes pensées se portent en ces moments de deuil et de souffrance collectifs dans une ville, que je devine, paralysée par la peur.  Comme beaucoup des victimes, je suis aussi une grande adepte de l’apéro du vendredi soir; mais celui de vendredi dernier dégage encore un goût acre qui me remonte à la gorge. Je suis tellement loin de Paris, et pourtant je me sens si près.

Presque deux mois se sont écoulés depuis mon arrivée à Nairobi. Et avec tous les préparatifs pour mon départ de Paris, je me rends à la grande évidence que ma première expatriation (Espagne –> France), ce- fut-du-gâ-teau. Quinze ans après, j’ai maintenant pleine conscience de mon ingratitude envers l’Europe. Autant vous en dire un peu plus sur moi.

Peu après mes 25 ans, j’ai demandé deux ans de congé sans solde à mon employeur espagnol, l’Université d’Alicante. Plutôt me jeter du trapèze avec filet que de risquer de m’ouvrir la tête au moindre pas de travers. J’étais déjà une fille prévenante à l’époque : tous ceux qui partent à la guerre, n’en reviennent pas forcement glorieux, me disais-je. Mon déménagement se limita à quatre cartons de bouquins et 3 mugs à thé, vite expédiés par train. Tout ce qu’il y a de plus simple comme démarche, puisqu’il ne suffisait après tout que « d’enjamber » les Pyrénées.

Je me souviens (oui, toujours avec une légère petite hargne !) qu’à l’époque (en 2000) la France n’a pas sauté de joie en voyant mon passeport espagnol et je me suis fait gentiment accompagner à la Préfecture de Nanterre. La carte de séjour (l’équivalent d’un permis de travail) était encore de rigueur, y compris pour les ressortissants de l’UE. Après ça, j’ai fait des pieds et des mains pour qu’on me fasse confiance professionnellement, quitte à essayer de me recaser dans divers métiers. Vous me croirez si je vous dis que j’ai investi toutes mes économies de l’époque dans un cours intensif de français, avant d’oser me présenter au plus insignifiant des employeurs ? Déjà à l’époque, la France n’aimait pas ceux qui sortent du moule.

De nos jours, cela fait rire les nouvelles générations d’expats intra-européens. L’Europe étant devenue un extraordinaire melting pot, on traverse une frontière, comme on traverse la rue. C’est une évidence. Les opportunités professionnelles pour les passeports communautaires courent les rues grâce aux échanges universitaires qui ont ouvert les frontières mais surtout… les esprits !

Mais ici à Nairobi, lorsque je reviens sur les galères d’il y a 15 ans, et que je me projette sur celles que je vais devoir braver, je continue de me dire qu’avant c’était du gâteau et je ne peux pas m’empêcher de regarder en arrière avec une pointe de nostalgie. Ce n’est pas tout à fait de la couardise, c’est plutôt ce sentiment d’ambivalence qui vous envahit face à de nouveaux défis. Sortir de ma zone de confort, c’est quelque chose que je ne m’étais plus accordé depuis 8 ans, dernière fois où j’ai quitté mon job pour réaliser mon rêve de grande vadrouille en Amérique Latine.

J’ai bien appris la leçon que tout déménagement est éprouvant, et encore plus à l’étranger. Mais qu’on se le dise : quitter un continent pour s’installer dans un autre ne s’improvise pas. Et s’agissant de l’Afrique, encore moins. S’expatrier en Europe fut relativement facile, s’installer en Afrique c’est une toute autre histoire. Après bilan, je me dis que je quitte l’Europe avec une expérience réussie de tous points de vue. J’ai mené ma vie comme je l’ai souhaité, sans gratuité mais en toute liberté, et j’ai surtout eu la chance d’être entourée de personnes fantastiques et bienveillantes. C’est à elles que je dois la réussite de mon intégration en France.

Pour la prochaine expérience, ça change la donne : cette fois-ci je saute sans filet. Je me suis empressée de donner ma démission, et je plonge la tête en avant dans un pays où les codes professionnels et culturels sont très différents des miens. Trouver ma place dans la multiculturalité, c’est un beau défi. Je reste positive et confiante 😉

Et vous, c’est quand la dernière fois que vous avez osé quitter votre zone de confort ? Je suis tout ouïe !

 

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15 réflexions sur “ Je replonge! ”

  1. Je ressens dans ton billet une grande émotion suite à ces évènements tragique en France, mais j’apprécie énormément l’optimisme, ce regard positif vers l’avenir que tu partages avec nous. J’embarque virtuellement dans ton voyage culturel avec joie !

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  2. Je suis fort heureux que tu sois restée positive et confiante car le ton de ces deux billets frise la grisaille de très près et cela ne te ressemble en rien. Quant à moi, je t’imagine toujours avec le plus grand des sourires, toi qui embrasses toujours la vie à pleines mains. Saches que nous sommes tous touchés par cette barbarie dont tu parles mais il nous appartient de n’y pas succomber. Il faut continuer de croire qu’en ce monde nous pouvons collectivement vaincre par l’amour.
    Merde, ça sent la prédication.
    Je sais qu’il est difficile de s’installer en Afrique, de s’habituer à la papasserie, aux pannes hebdomadaires d’électricité au rationnement occasionnels de nourriture « européennes ou américaines ». On finit par tout oublier ça devant la beauté des gens, du paysage, du dépaysement, tout ce qui finit par enchanter. Je ne peux que vous souhaiter le plus riche des séjours au Kenya et dans les pays environnants. J’attends le retour de ce sourire radieux ma chère Sonia.

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    1. C’est vrai que le début de ton commentaire prend des airs de God TV 😉 Blague appart, merci Jean-Marcel pour la gentillesse de tes mots qui me vont droit au cœur, surtout venant d’un « presque » inconnu qui habite de l’autre côte de la planète. Lorsque trop de chamboulements arrivent en même temps, il faut s’avoir s’accorder des moments de faiblesse. En fin de compte, ce sont des moments positifs car cela prouve que l’on tient aux autres, à la famille, aux amis, et même au plus grand des inconnus. Merci pour ton soutien, ces jours-ci je pense bien aux parisiens mais aussi à tous ceux qui laissent leur vie au détour d’un kamikaze ou d’un bombardement, ceux qu’on a tendance à oublier par accoutumance à leur violence quotidienne que l’on finit par ne plus voir. Et le sourire, je le garde, promis ! Car malgré les coupures d’électricité, les plafonds qui se décrochent, mes fuites dans la salle de bain… j’ai reçu ici un accueil royal !

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  3. C’est étrange d’être à Paris dans ces moments difficiles où on ne comprend pas tout. C’est beau d’être à Paris pendant ces moments de hargne, d’espoir, de rage pour continuer à vivre et reprendre le dessus tout de suite, sans rien laisser aux terroristes. La peur ne nous mangera pas. On sort, on continue de boire des coups en terrasse et d’aller voir des spectacles. On continue de vivre, parce qu’ils auraient tous voulu ça.

    Ce changement de territoire pour toi, de continent, doit doublement être déstabilisant. Mais ta première expérience en France est le tremplin qui te permettra de savoir quand même un peu où tu mets les pieds et te rappellera combien il faut faire preuve de patience.

    Ah sortir de sa zone de confort! j’adore! j’ai hâte d’en ressortir justement! Je te suis, en attendant de terminer mon contrat en France! 😉

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    1. Les événements en France ont fait ressortir de mauvais souvenirs presque enfuis d’il y a tout juste 2 ans à Nairobi: l’attaque du Westgate Mall. Mais oui! Tu l’as bien dit, il faut continuer d’aimer, de rire et de vivre. Ils l’auraient voulu et nous le voulons aussi. Ta nouvelle zone de confort, dis-tu… ce ne serait pas vers le Mexique? 😉

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  4. Benvolguda Sonia. Tota la meua admiració per les « cocos » que li has posat a totes les avantures en què t’has embarcat soles i amb Jacques. Desitge de tot cor que la tristesa, la impotència, ràbia i desconcert d’aquestes setmanes amb esdevenimenrs tan fatídics, es dissipe a poc a poc. Les teues paraules em confirmen que ho aconseguireu.
    Una abraçada fortota per als dos.

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    1. Ma chère Dolo, vous ici! Mais quel grand plaisir. Moltes gràcies per els anims que m’escrius, la veritat es que les coses s’han presentat prou complicades aquest darreres setmanes però, com tu dius, li posem molts « cocos ». Espere que tot vaja com tu vols pel mediterrani. Continuem en contacte a pesar de la distancia, aquest blog sera una finestreta per a donar-vos noticies. Benvinguda! Bisous

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    1. Thanks Trudy, that means a lot to me. I won’t lie to you, it’s not been easy these last weeks but I really try to be positive. Paris events did not help and I try to do my best to continue loving, laughing, living. Emotional resilience I think it is called…

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      1. Yes, terrorism aims at forcing you to live in a world of fear and darkness. That’s the only thing that nourrishes their ideology since they have no other. I can imagine how the recent events in Paris have brought sad memories to new yorkers. Take care!

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