Ville de Nairobi du haut de la plateforme belvedère du KICC

Just landed… in Kenya

Le blog se délocalise à Nairobi: le pourquoi du comment

Beaucoup de choses se sont passées depuis l’annonce de mon départ de Paris.

Il y a eu des moments de joie, des moments de stress et même des longs moments de recueillement et de deuil. La faucheuse, elle passe et repasse le fer sur les épis, vous réserve de cruelles surprises, et choisit rarement le bon moment pour dresser son embuscade. Bref, tout s’est enchainé si vite depuis, qu’il m’a fallu du temps pour absorber A Series of Unfortunate Events, comme dirait Lemony Snicket, avant de retrouver le courage de revenir sur le blog vous faire un petit coucou.

A cela se sont ajoutés les incontournables qui vous accueillent dans tout nouvel environnement : séjour temporaire à l’hôtel, échoués dans une grande maison vide, victimes de la mauvaise foi du courant électrique africain, sans internet et même privés d’ordi portable, ce dernier coincé au fond d’une valise, elle-même bourrée de choses super improbables pour la détentrice d’un Visa touristique (ça c’est moi !).

Mais… j’ai quand même fait en sorte que l’Islande vous tienne bonne compagnie pendant quelques billets, le temps de ma transition. Ça vous me l’accorderez!

Si vous venez de trébucher sur mon blog, probablement au hasard d’une mauvaise manip sur Google, voici une petite remise à niveau. Je suis espagnole, mais ces 15 dernières années je les ai passées à Paris. J’y menais une vie paisible de banlieusarde pourrie gâtée avec mon français de mari, jusqu’au jour où nous avons osé dire « oui, je le veux » à un nouveau défi à l’étranger, professionnel et personnel, cela va de pair chez nous. Puis, sans crier gare, la logistique tentaculaire d’une grosse boîte américaine nous a catapultés de justesse à Nairobi, avec casseroles Le Creuset, maison et chat.

En d’autres termes, au cas où vous auriez l’esprit plutôt matheux : expat espagnole mariée à français + français en cours d’expatriation = femme expat devient femme d’expat. CQFD 😉

Ah, oui ! J’ai failli oublier la petite nuance… Pour les mordus d’expatriation, je joue le rôle de la trailing spouse. C’est tout nouveau pour moi (et pour Mr Expat aussi !). Jusque là nous étions comblés d’appartenir à l’espèce DINKS (Dual Income No Kids), sauf qu’on vient de changer de catégorie. Ça promet d’être un sacré remaniement… Ça vous parle, la tectonique des plaques ?

Il faut dire que tout ce bazar a nourri copieusement mes réflexions pendant les derniers mois passés à Paris. J’ai fini par accepter, enfin, que le terme « récidive » puisse me correspondre. Quoique migrante intra-européenne, cela fait de moi la titulaire d’une première « expérience d’expatriation ». Et j’entends par ces mots, le bouleversement total de ses repères et dispositions psychiques demandées par un nouvel environnement familial, social et professionnel.

Le secret de l’expatriation réside dans l’état d’esprit de celui qui bouge. Il est dans le « avant » mais aussi le « après ». Dans la relation qu’il parvient à établir avec le(s) pays de destination et celle qu’il garde avec le pays qui l’a mis(e) au monde. Elle constitue l’expérience (positive et négative) que l’on réussit à bâtir entre ces deux univers qui font toujours partie de nous. Tout est dans ce petit intervalle. C’est ainsi, du moins, que je l’ai vécu.

Nombreux sont ceux qui choisissent de partir en expatriation pour devenir un/une autre. Moi, je suis partie pour enrichir celle que j’étais. En France, j’ai vécu parfois une expérience très semblable à celle du Dr Jekyll et Mr Hyde. J’ai été métamorphosée, tiraillée entre deux extrêmes, plusieurs univers. J’ai dû reconsidérer toutes mes certitudes, jusqu’à ce que je réussisse enfin à percer le secret de mon propre équilibre.

J’ai aussi appris qu’en expatriation, celui qui se fixe la réussite professionnelle comme seul objectif se trompe. Que se passe-t-il si après tout il n’y a pas de boulot à la clé ? J’ai toujours voulu croire à une expérience qui est à vivre dans son ensemble. Sans quoi, il est probable qu’on n’ose jamais frapper à la porte du dépaysement ni franchir la barrière de la différence culturelle, alors qu’il y a dans ce phénomène du choc culturel tellement de richesse à prendre ! L’âge et les voyages m’ont bien prouvé que ce serait bien dommage de passer à côté. Personne ne vous dira que la transition est facile mais « un choc », il y a toujours moyen de l’amortir, non?

N’allez surtout pas penser, s’il vous plait, que je dispense des leçons de vie. Loin de là ! Je parle ici de ce que vivre « pleinement » ailleurs m’a apporté personnellement. Je me doute bien aussi que : ne réussit pas toute expatriation celui qui veut. L’expatriation reste une réalité très personnelle, et doit être vécue comme telle.

Arrivée à ce point, je tourne mon billet vers de préoccupations plus banales, ça fait du bien un peu de superficialité…
Vous aurez remarqué que la page de présentation du blog a subit quelques modifications extérieures. Le Kenya, pays anglophone oblige, direz-vous… ben non. C’est notamment parce que j’ai remarqué qu’au fur et à mesure que ma modeste (mais bien sympathique) communauté s’agrandit, elle le fait dans le multilinguisme.

C’est ma plus grande richesse à moi car je vous ai bien avoué que j’adore les langues étrangères. J’accueille donc plus que volontiers les commentaires polyglottes, qu’on n’aille pas dire que je suis une blogueuse inhospitalière 😉

Et vous, êtes vous un(e) expat ou l’avais-vous été autrefois ? Dites-moi, qu’est-ce que l’expatriation vous a apporté de beau et de vilain?

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12 réflexions sur “ Just landed… in Kenya ”

  1. Tu as raison sur l’expatriation et son côté très personnel. J’admire beaucoup la vision que tu en as et les leçons que tu as tirées de tes expériences précédentes.
    J’ai vécu 1 an à Berlin et 7 mois (déjà) à New York, mais je n’ai pas eu réellement de choc, ni de difficultés à m’y intégrer car, il faut le reconnaitre, le mode de vie est un peu le même : « occidental » (bien que ce mot est un peu discutable). Ceci dit, vivre ailleurs que « chez soi », ça m’a permis d’équilibrer « mes curseurs » sur de nombreux sujets (valeurs, priorités…) et de tendre la main vers les nouvelles bonnes « choses » qui s’offrent à moi. Expatriation rime avec introspection, on revient au sens très « personnel » de l’expérience donc 🙂
    Je suis très impatiente d’en avoir plein la vue et de découvrir ton nouveau pays !

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    1. C’est vrai que le sens du voyage et de l’expérience de « vivre ailleurs » sont très très personnelles et différentes et cela dépend grandement du milieu et de l’éducation que l’on a reçue. Jamais de généralités à ce sujet, l’important est la façon dont chacun arrive à rendre cohérents « ces bouts de vie » dans son propre parcours et à accepter que l’on apprend toujours quelque chose (ne serait-ce qu’à partir d’une expérience mal vécue). S’intégrer dans une culture dite « occidentale » n’est pas forcément évidente. Tu m’en diras plus dans quelques années à New York! Longtemps après, je trouve qu’il est toujours formateur de revenir sur ses expériences…

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  2. Es tu sûre d être espagnole ? ??
    Que tu écris bien!
    Respect
    Françoise la cousine
    On a une petite expérience d expatriés nous aussi mais version humanitaire médicale
    Ce sont de bons souvenirs
    Je vous embrasse tous les deux

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    1. Bonjour Françoise, bienvenue dans la blogosphère! ça fait plaisir d’avoir les cousins! Toute expérience d’expatriation est superbe car très différente du tourisme finalement. J’espère te voir par ici plus souvent. Bises

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  3. Contente d’avoir de vos nouvelles et de ce nouveau « choc ». Hâte de découvrir le Kenya ici. Eh oui, qu’est-ce que tu écris bien ! « La logistique tentaculaire »… c’est merveilleux 😉 Gros bisous

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    1. Oui! « tentaculaire » et on a failli être avalés par le tourbillon! Je me trompe ou j’ai cru t’apercevoir à Punta Cana au volant d’une « belle américaine »? 😉

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  4. Superbe billet et réflexions sur l’expatriation. Je ne sais pas pourquoi mais, ayant toujours aimé voyager et découvrir, je sais depuis longtemps que la France n’est pas/ne sera pas le pays où je vivrai; j’en ai eu la certitude par 3 fois déjà (1 an aux USA, 1 an au Mexique, 1 an au Chili et le reste sur la route).
    Même si je suis en France pour le boulot en ce moment (un boulot génial, que je ne peux faire qu’en France – je suis interprète français/langue des signes française; hé oui, la langue des signes est bien différente dans chaque pays!), je sais que c’est temporaire; de quoi me permettre d’en apprécier chaque petit moment et de rêver aux prochains pays, aux prochaines destinations, aux prochaines aventures, aux prochaines découvertes, aux prochains apprentissages…

    Belle aventure au Kenya!

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    1. Tu en as là une belle brochette d’expériences Julie! Au moins de quoi choisir… n’est-ce pas? On est deux! J’adore ton boulot, c’est en effet une excellente raison de rester en France. Moi, qui ai été aussi interprète dans une ancienne vie, je rêvais d’ajouter la langue des signes à mon CV, et puis j’ai eu le malheur de découvrir qu’elle était différente selon les pays. Ça a été un drame, et j’ai laissé tomber l’idée à mon arrivé en France. Je te souhaite plein de nouveaux apprentissages et découvertes. L’aventure, j’ai bien constaté qu’elle ne manque pas dans ta vie 😉 Bises

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      1. oui, l’important, ce sont les opportunités et ce qu’on est prêts à en faire!
        La langue des signes, je n’abandonnerai pour rien au monde; même si ça veut dire que je ne peux bosser qu’en France. j’y reviens avec plaisir et trouve toujours un boulot (voire, je n’ai même pas à chercher, on m’en propose!).
        Le reste, c’est aussi du plaisir et je m’arrange pour que l’aventure soit toujours au rendez-vous!
        Plein à toi aussi!

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  5. Je te souhaite un bel atterrissage au Kenya, la petite pause était nécessaire, la reprise n’en est que plus jolie (et décidément qu’est-ce que tu écris bien en français pour quelqu’un dont ce n’est pas la langue maternelle !).
    Jolie réflexion sur ces tiraillements qu’amènent l’expatriation, moi qui en suit à mon 6ème pays d’accueil à deux périodes totalement différentes de ma vie, j’en expérimente encore les richesses, les questionnements et les turbulences parfois… Partir de là d’où « on est » pour aller se (re)trouver là d’où on « n’est pas », quel (beau) chambardement en vérité…

    Aimé par 2 people

    1. Merci Tara pour ton gentil commentaire. Oui, la pause était nécessaire, j’ai eu du mal à reprendre. Les choses se sont compliqués après mon départ de Paris, mais on ne maîtrise pas les mauvais coups du destin, tellement durs à vivre quand ils nous touchent de si près. Et oui, même de l’autre côté des Pyrénées, j’ai été tiraillée par le changement de codes culturels et le remaniement qu’est notre vie à chaque gros changement. J’arrive à peine à me figurer ce que cela représente pour toi qui es déjà à ton 6ème pays! Mais je suis rassurée d’entendre que tu continues à profiter de cette vie de semi-nomadisme, si j’ose dire!

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