Nuit blanche à Rungis

3h du matin, le réveil sonne.
Je file dans la cuisine comme un zombie. Penser à allumer la cafetière à filtre. Une tasse de remontant chaud vite avalée, j’enfile baskets, doudoune, écharpe. La tablette affiche 2 ºC. Bien se couvrir. Même le chat est déboussolé, ma pauvre bête. Paralysé face à son bol de croquettes, il nous interroge de son regard couleur miel. Et oui minou, ton petit déjeuner est en avance aujourd’hui.

4h30 du matin, après la traversée de Paris en voiture, nous arrivons sans encombre place Denfert Rochereau : le point de rendez-vous. La navette ne devrait pas tarder. Il fait encore nuit. A peine quelques lueurs à l’horizon, difficiles à déceler à cause de la puissance des éclairages nocturnes. C’est un panorama inédit pour moi, celui de Paris à cette heure-ci. C’est presque dommage de ne pas se donner l’occasion d’en profiter plus souvent, mais je ne suis pas du petit matin.

Le bus arrive. On se précipite dedans avec de nombreux noctambules venus pour la même occasion. Confortablement installés au chaud, certains voyageurs luttent contre le sommeil, d’autres papotent à voix basse. Ni le bourdonnement des voix sourdes, ni le café noir pris avant le départ ne suffisent à me réveiller complétement. Besoin urgent d’allumettes pour tenir mes paupières ouvertes.

C’est à ce moment précis, à l’interstice de la nuit et du jour, que je démarre une promenade tout à fait singulière. Vendredi, 5h du matin, les yeux encore collés et la tête dans le brouillard, je pousse enfin le péage du plus grand marché de produits frais au monde : le marché international de Rungis.

Plus de 15 ans de vie aux portes de Paris, et je persiste à conserver le regard léger du touriste. La moindre anecdote historique suffit à réveiller ma curiosité. C’est pourtant ma gourmandise qu’on chatouille lorsqu’on évoque les anciennes halles alimentaires : les Halles Centrales de Paris, dans l’actualité Jardin et Forum des Halles dans le 1er arrondissement.

Au moment où je fais la connaissance d’un nouveau quartier de Paris, je m’amuse à l’imaginer à une autre époque. Dit autrement, je fabrique des souvenirs à la couleur sépia, elle leur sied tellement bien. Que vous habitiez le quartier ou que vous soyez un promeneur du dimanche, vous êtes vous déjà demandés à quoi ressemblait la vie aux Halles Centrales à la fin du XIXème siècle ?
Quelle transfiguration !

Crédits photo:
Jacques Verroust, anciennes cartes postales et Aimé Dartus /INA

Le 3 mars 1969, après 8 siècles dans le centre de la capitale, les problèmes d’engorgement et d’hygiène poussent 20 000 personnes à s’installer à 7km de Paris en seulement quelques jours. Une opération logistique qui a été très judicieusement baptisée le déménagement du siècle. C’est ainsi que l’ancien Ventre de Paris devient le plus grand marché de produits frais du globe. Voilà, en quelques mots, ce qui fût la naissance de Rungis.

Rungis c’est une multitude de mondes à découvrir : pavillon de la marée, des viandes, des fleurs, des fruits et légumes… le tout dans un déploiement de logistique magistral. En file indienne, la visite touristique s’annonce hasardeuse car elle va nous obliger à serpenter entre les denrées, les vendeurs, et les petits trains qui transportent des marchandises. Comment prendre des photos réussies tout en essayant d’esquiver les transpalettes qui manœuvrent en toutes directions ? Cette petite séance d’acrobatie m’assène le dernier coup de réveil.

Il est 5h30 est ça grouille de monde au pavillon de la Marée, le plus grand de tous, et c’est là que démarre notre visite. C’est fou quand on pense à toute cette activité nocturne qui se déroule à notre insu, heureux que nous sommes à roupiller placidement sous la couette. Ça change ma conception du travail. A l’heure où nous ouvrons l’œil, pour les employés de Rungis une nouvelle journée se termine !

A travers l’objectif de mon petit appareil photo, j’observe hypnotisée l’évolution de ce monde mécanisé qui représente la surface de la principauté de Monaco. Elle est frappante la ressemblance des scènes de vie quotidienne au quartier des Halles à la fin du XIXème siècle : les coupeurs de viande, poissonniers, vendeurs de primeurs, marchands de fromage. Malgré une grande agitation, il règne ici un chaos ordonné.

La visite continue au pavillon des carnés. Arrivés dans un tohu-bohu joyeux, nous tombons sous l’emprise d’un silence écœurant à la seule vue des centaines de monstres dépecés. En l’honneur de la gastronomie, nous traversons des allées de carcasses, jonglons entre les pendentifs de viande de toutes tailles et formes. Des visions à faire cauchemarder les végétariens.

Aurais-je lu trop de contes de fées… ou j’ai l’impression d’être tombée dans le plus grand plateau de fromages au monde ? Qu’est-ce qu’elles m’intimident ces grandes meules de toutes tailles et affinages…

Le tour est riche en couleurs, et que dire des odeurs, lorsqu’on atteint enfin le plus gros secteur : les pavillons dédiés aux fruits et légumes. Quelle diversité incroyable! On se croirait dans une méga maquette de Lego où les cageots de denrées colorées s’emboîtent parfaitement.

Des senteurs par milliers, au pavillon des fleurs coupées. Un vrai arc- en-ciel qui change en fonction des saisons. Les renoncules ou boutons d’or, mes préférées

Puis, cerise sur le gâteau : le petit déjeuner rungissois à 8h00. Ça se faisait attendre, parce que 3h de marche ça réveille l’appétit 😉

Petit déj rungissois

Je repars honorée du privilège de ces quelques heures volées à la vie secrète du marché de Rungis. Et une chose est sûre : après cette visite, le mot « rungissois » remplacera à jamais « gargantuesque » dans mon vocabulaire.

Infos et détails pratiques

Achat du tour guidée avec petit déjeuner/brunch sur Visite Rungis. Les guides sont des anciens acteurs du marché de Rungis qui connaissent les lieux sur le bout des doigts.

Jusqu’à nouvel ordre, rendez-vous à 4h30 devant la station RER Denfert-Rochereau où la navette vient vous chercher. Pas de transports en commun à cette heure-ci mais des nombreuses places de parking sont disponibles devant la gare. On peut aussi se rendre à Rungis avec son propre véhicule (péage d’accès à l’enceinte du marché à votre charge).

Vous êtPrêts pour la baladees noctambules et la visite vous tente ? Alors enfilez des chaussures confortables, de vêtements chauds (pavillons à 3ºC), et n’oubliez surtout pas votre appétit de loup!

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2 réflexions sur “ Nuit blanche à Rungis ”

  1. Le petit déjeuner donne vraiment envie (et faim). Et tes photos reflètent l’immensité du lieu !
    Ca doit être à la fois impressionnant et fascinant de voir l’envers du décors de nos marchés et supermarchés mais également dérangeant de voir une telle multitude, un peu aussi comme l’envers du décors de notre société de consommation de masse.
    Mais grande gourmande que je suis, je crois que ça m’intéresserait de faire cette visite 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. En effet, c’est fascinant cette grosse machine de l’alimentaire. Et puis je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir à la place laissée au gâchis dans toute cette surabondance. Il y a bien de quoi faire un infarctus mais c’est intéressant d’être le témoin de ce microcosmos.

      Aimé par 1 personne

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